Le Musée de la Faïence de Quimper a été inauguré le 17 juin 1991. Pour commémorer cet anniversaire, le Musée a commandé à l’artiste Olivier Lapicque une linogravure.
Olivier Lapicque – Les 30 ans du Musée de la Faïence de Quimper – linogravure (dimension Hauteur 33 cm ; Longueur 25 cm).
Elle représente le marin fétiche de l’artiste. Cependant, il a troqué ses traditionnels thons germons, pour les principales manufactures quimpéroises (HB, Porquier Beau, Henriot, Fouillen et Keraluc).
Un exemplaire de cette gravure est exposé dans la nouvelle boutique du Musée. Elle est accompagnée de la matrice réalisée par l’artiste concarnois.
Olivier Lapicque – Matrice et gravure à la boutique du Musée.
L’œuvre est éditée à 100 exemplaires. Elle est numérotée et contresignée par l’artiste.
Elle est proposée dans un cadre en bois naturel, à 95 €.
La gravure est disponible au Musée de la Faïence de Quimper et à la galerie Philippe Théallet à Quimper, qui représente l’artiste.
De nombreuses familles en Bretagne possèdent de la faïence de Quimper. A-t-elle de la valeur ? Ça dépend…
Petits Bretons et autres scènes de la vie quotidienne ornaient les assiettes destinées aux premiers touristes et avant tout à la décoration et non aux arts de la table.
Qui ne connaît pas les faïenceries de Quimper en Bretagne, leur vaisselle décorée « à la touche » caractéristique des manufactures de la capitale de Cornouaille.
Longtemps, des services ont été offerts en cadeau de mariage et chaque famille bretonne a reçu du Quimper en héritage.
Précieux ou pas ? Ça dépend…
le « populaire »
Le « Quimper », celui qui dort dans les buffets et qui est hérité de l’arrière-grand-mère, est-il chèrement estimé ?
Le Paimpolais Yann Le Bohec, spécialiste de l’art breton, douche tout de suite les fantasmes : « Le Quimper de tout un chacun est rarement de valeur ».
En règle générale, la vaisselle ne vaut pas grand-chose, en dehors de sa valeur affective.
C’est le Quimper dit « populaire » celui qui des XIXe et XXe siècles. Celui qui a été le plus produit donc le moins rare.
« Petits Bretons »
Celui aussi, qui nous est familier, avec ses « Petits Bretons », ses couples, ses coqs, ses scènes de la vie quotidienne… Il est signé HB, HR, HB Quimper, Henriot Quimper…
Ces assiettes et autres plats ne dépassent pas les 250 € mais et sont en général plus proches des 20 à 50 €.
Et encore, s’ils sont en bon état ce qui n’est parfois pas le cas : « Les manufactures vendaient aussi le second choix ».
Et d’ailleurs, contrairement à ce que l’on croit, la signature de la manufacture d’origine n’est pas du tout un gage de valeur.
Signature ou pas ?
Car les faïenceries de Quimper sont d’abord une appellation liée à plusieurs maisons qui se sont concurrencées, ont fusionné, se sont rachetées entre elles.
Les signatures ont varié au fil du temps, se sont imitées, ont même fait l’objet de procès… Jusqu’en 1991, où il n’est plus resté qu’une entreprise.
Toutefois, l’art de la faïence est ancien dans la capitale de Cornouaille et son quartier de Locmaria.
Les « primitifs »
Il remonte au XVIIIe siècle. Et si vous avez la chance de posséder un « primitif », il aura plus de valeur, jusqu’à 250 €.
Comment le reconnaître ? Il ne porte, déjà, aucune signature.
Porquier-Beau
Certaines réalisations du XIXe sont un peu plus recherchées, notamment celles de la créative maison Porquier-Beau.
Fondée en 1838, elle a cessé son activité en 1904 avant d’être rachetée par Henriot. Ses pièces portent une signature ressemblant à un trèfle à trois feuilles représentant, en fait, le P de Porquier mêlé au B de Beau.
De même, certains décors, édités de façon très limitée, à l’occasion d’événements historiques, peuvent atteindre de grosses cotes.
Peinteurs
Et si vous avez un peu de la chance, votre arrière-grand-mère vous a légué des pièces d’artistes.
Car, rappelle Yann Le Bohec, HB et Henriot étaient aussi des éditeurs.
À la fin du XIXè siècle, les faïenceries ont fait appel à des artistes pour agrémenter leurs services. Ces derniers fournissent un décor qui est ensuite reproduit pas les « peinteurs » de la manufacture.
Au dos, la signature de la manufacture et le numéro du peinteur de la pièce.
Pièces d’artistes
Les pièces d’artistes les plus connues du grand public sont les services de Mathurin Méheut dits De la Mer et A la galette.
Les pièces de ces services, rares, sont activement recherchées par les collectionneurs.
Elles atteignent de fortes cotes, correspondant à celle de l’artiste qui en a réalisé les décors. Elles sont signées de son nom ou de son monogramme.
« Mais attention, prévient Yann Le Bohec, pour avoir de la valeur, le décor de ses pièces doit être d’époque et non une reproduction tardive ».
mystérieux n° 145 Petite anecdote, à l’arrière des pièces du début du XXe siècle, figure un numéro, c’est celui de la petite main qui reproduisait le décor. Et il se trouve que le « peinteur » ou la « peinteuse » n°145 », resté anonyme, était réputé. Seul indice, il peignait dans les années 20-30.
Statuaire
Enfin, le « Quimper » ne se limite pas à la vaisselle. Dès l’origine, les manufactures proposent de la statuaire.
Au début essentiellement religieuse, avec beaucoup de Vierges à l’enfant. Là encore, les primitifs sont recherchés, même légèrement imparfaits.
Les faïenceries ont aussi fait appel aux artistes dans ce domaine. Et là encore, les cotes peuvent s’envoler. Le Nominoë sur son cheval de René-Yves Creston, faïence polychrome de 35 cm de la manufacture Henriot (1930), a été estimé entre 4000 et 5000 € en 2019.
L’histoire de la faïence de Quimper a débuté en 1708 avec Pierre Bousquet. Christian de la Hubaudière connaît le mieux cet illustre aïeul qui fut un véritable visionnaire.
Carte postale représentant la faïencerie. Il y a une erreur sur la date de 1420.
En France, l’histoire de la faïence a longtemps ignoré la pointe bretonne. Il a fallu la ténacité de quelques-uns pour faire connaître et reconnaître la faïence de Quimper. Christian de la Hubaudière a beaucoup œuvré dans ce sens.
Il a débuté ses recherches dans les années 1980. « Je savais qu’on avait des faïenciers du côté de Quimper mais c’était tout », relate cet ancien instituteur du Calvados. Il entame alors un fabuleux voyage dans son histoire familiale et celle de la faïence.
Des livres
Il épluche les archives municipales, accumule les documents, les objets… et peu à peu réussit à reconstituer un vaste puzzle dont la pièce centrale est Pierre Bousquet. Et non Jean-Marie Bousquet qui a longtemps été considéré comme le fondateur de la faïence de Quimper en 1690. Le tricentenaire fêté en 1990 se basait d’ailleurs sur cette date.
Christian de la Hubaudière a écrit un premier livre pour contester cette origine « officielle » et réhabiliter le véritable fondateur : Pierre Bousquet. Ce premier ouvrage n’a pas trouvé son lectorat. En revanche, les quatre suivants ont passionné des milliers de lecteurs. Ils retracent la saga des faïenciers de Quimper. Une forme romancée qui s’appuie sur des recherches historiques.
Christian de la Hubaudière.
Un visionnaire
« Pierre Bousquet a créé la faïencerie en 1708. Son père Jean-Baptiste Bousquet a, lui, fabriqué des poteries et des pipes en terre. Pierre Bousquet est un visionnaire. Il est venu à Quimper car il n’y avait aucune autre faïencerie dans l’Ouest, mise à part Rouen. Quimper avait une position idéale, stratégique, avec la présence d’une rivière, d’un port… » Christian de la Hubaudière
Christian de la Hubaudière tient à rendre hommage à cet aïeul qui a contribué à bâtir la richesse de Quimper. « Il a formé des dizaines d’ouvriers. Son gendre Pierre-Clément Caussy aussi. Certains ouvriers ont, à leur tour, créé leurs propres faïenceries. Ces hommes ont fait Quimper ! »
L’ancien instituteur insiste aussi sur l’importance économique de cette première faïencerie qui a compté jusqu’à une centaine d’ouvriers. Pendant 41 ans, Pierre Bousquet a dirigé la faïencerie, se démenant pour trouver un successeur.
Beaucoup d’erreurs
Christian de la Hubaudière recherche toujours les objets réalisés sous la direction de Pierre Bousquet puis celle de Pierre-Clément Caussy. « Ils existent mais beaucoup ont été attribués à d’autres faïenceries. Il y a eu beaucoup d’erreurs », indique l’auteur en connaissance de cause.
Il a en effet publié le manuscrit de Caussy, qui relate l’histoire de cette famille de faïenciers entre Rouen et Quimper, les techniques utilisées… Christian de la Hubaudière est ainsi devenu un véritable expert des faïences de Quimper.
Désormais, il boucle le cinquième et dernier opus de la saga familial. Ce livre s’achèvera au moment de la Première Guerre mondiale.
Pierre Bousquet en quelques dates
15 décembre 1673 à Saint-Zacharie (Var) : naissance.
1699 : obtention de la patente de faïencier.
1708 : il s’établit à Quimper, il achète une maison et un four dans le quartier de Locmaria.
1743 : mort de Pierre Bellevaux qui épousa la fille de Pierre Bousquet en 1731 et devint directeur de la faïencerie.
1749 : mariage de Pierre-Clément Caussy, fils d’un faïencier de Rouen, avec la petite-fille de Pierre Bousquet. Il prend la direction de la faïencerie.
1749 : mort de Pierre Bousquet, à l’âge de 78 ans.
Les productions à l’époque de la faïencerie de Pierre Bousquet
Dans la faïencerie Bousquet, on façonne beaucoup de pièces de forme : vierges, grottes de religion, tonnelets, cruches, pots à eau, bénitiers, vases sacrés. Les ouvriers fabriquent aussi de la vaisselle en terre vernissée. De la vaisselle en faïence (plats, assiettes…) sort aussi des fours. En ce début du XVIIIe siècle, la faïence remplace en effet l’étain. En cinquante ans, on passe d’une cinquantaine de faïenceries à plus de 1 000 dans l’Hexagone.
Pierre Bousquet jouit alors d’un monopole en Bretagne. À ses débuts, les faïences sont surtout achetées par des familles aisées qui exigent que leurs armoiries soient peintes sur leur vaisselle. Or, ce savoir-faire bien particulier est parfaitement maîtrisé dans la région de Rouen.
Pierre Bousquet incite donc Pierre Bellevaux, peintre faïencier de Rouen, à s’établir à Quimper. À la mort de Pierre Bellevaux, Pierre Bousquet fait venir un autre peintre faiencier de Rouen : Pierre-Clément Caussy qui se marie avec la petite-fille. Pierre-Clément Caussy apporte de nouveaux motifs, une autre technique…
Grand érudit de la céramique bretonne qu’il avait disséquée dans un précédent ouvrage, le Nazairien Joseph Labour revient sur cette passion dans « L’art de la terre ». Une somme d’informations sur toutes les terres cuites : faïence, porcelaine, poterie, mais aussi pipes et briques.
Photo joseph labour présente son ouvrage « l’art de la terre des départements historiques de Bretagne ».
L’ancien ingénieur bord aux Chantiers de l’Atlantique (créateur de l’Association des ingénieurs de la navale nazairienne) a une autre passion que les navires : la céramique bretonne. Celle-ci n’a plus de secrets pour Joseph Labour, Nazairien âgé de 88 ans qui s’est passionné pour ces faïences, porcelaines et poteries.
Sa collection de faïences de quimper compte de nombreuses pièces.
L’auteur avait déjà édité en 1980 un ouvrage consacré à la céramique bretonne. Au cours de ces dix dernières années, il l’a copieusement enrichi du fruit de ses multiples recherches et de nombreuses interviews de gens spécialistes de la chose. Un vrai travail de moine bénédictin ! « J’ai écrit cinq chapitres dans L’art de la terre des départements historiques de Bretagne, paru à la mi-décembre, dont le premier traite de la faïence de Quimper évidemment car c’est mon violon d’Ingres depuis 1964. Mais il n’y a pas que le Quimper puisqu’il existait dans cette ville trois grandes manufactures : la Grande maison HB (Hubaudière-Bousquet), la manufacture Henriot et la fabrique Porquier-Beau. Des familles dont je retrace d’ailleurs la généalogie », précise Joseph Labour, marié à une « Quimpéroise de Pont-Croix, à côté d’Audierne », terre finistérienne à l’origine de cette passion pour toute la céramique d’Armorique.
Forcément, les œuvres des grands artistes faïenciers père et fils Paul et Maurice Fouillen (il est décédé le 15 décembre à 92 ans), Odetta et Keraluc, font aussi l’objet d’un éclairage de l’auteur érudit. Les poteries d’Herbignac ne sont pas oubliées dans l’ouvrage de Joseph Labour qui explique « la rude concurrence que la vaisselle bretonne a rencontrée avec celles en aluminium et de certains pays, notamment le Portugal et la Chine ».
Une assiette signée du célèbre artiste Mathurin Méheut (henriot) ; à droite, un bénitier de Saint-Corentin de rené Quivillic de la grande maison HB.
Autre emploi important de la terre cuite : les pipes (de Quimper à Saint-Malo jusqu’à La Prenessaye, dans les Côtes-d’Armor) et les briques, fabriquées dans plusieurs endroits de Loire-Atlantique (à Arthon-en-Retz, Vallet, Pornichet et Ancenis), sont largement citées dans L’art de la terre. Une briqueterie artisanale fut ainsi fondée en 1900 par Jean-Louis Cochery au village des Quatre-Vents, dans la campagne de Pornichet. « Si elle ferma ses portes dès 1938, toute la région utilisa les briques Cochery dans les constructions », souligne Joseph Labour.
« L’art de la terre des départements historiques de Bretagne », 339 pages, 20 €, La Compagnie du Livre aux éditions Geste.
L’art de la terre des départements historiques de Bretagne
Le façonnage de la terre argileuse est une des formes d’artisanat les plus anciennes qui ait existé. Il a évolué avec l’homme depuis son origine, grâce à la maîtrise du feu, des outils, des machines. L’hasardeuse et géniale diversité de la poterie d’autrefois n’a rien à voir avec les œuvres clonées d’aujourd’hui. Cet ouvrage fait remonter des traditions ancestrales ; s’adressant notamment aux artisans, ceux qui sont passionnés par le modelage, la création. En tout, ce sont trente-trois lieux, les plus importants et surtout les plus typiques et significatifs pour le travail de la terre, dont le lecteur trouvera l’histoire dans ce livre.
L’art de la terre des départements historiques de Bretagne Joseph Labour 15,5 x 22 cm – 340 pages – ISBN : 979-10-93644-50-9 La Compagnie du Livre aux éditions Geste – décembre 2020 – 20 €
Le père de Maurice Fouillen, Paul Fouillen, avait installé son atelier de décorateur puis sa faïencerie dans cette ancienne guinguette qu’il avait achetée en 1928. Elle a fermé en 1980.
Maurice Fouillen est décédé mardi dernier à l’âge de 92 ans. Céramiste lui-même, il avait consacré ses dernières années à la promotion de l’œuvre de son père, le faïencier quimpérois Paul Fouillen. « C’est une page qui se tourne, commente Philippe Théallet de l’association des Amis du musée de la faïence de Quimper. Il était le gardien du temple ».
Maurice Fouillen ne quittait plus depuis quelque temps la fameuse maison jaune familiale de la place du Stivel. « Il n’avait jamais voulu partir, souligne Philippe Théallet. Il avait aménagé un petit musée des œuvres de son père dans une pièce qu’il ouvrait à la demande aux passionnés ». Sur la porte de la maison aux couleurs défraîchies on voit encore l’affiche de la dernière exposition consacrée au père et au fils en 2015.
Paul Fouillen (1899-1958) était arrivé à Quimper au début des années 1920. Il a rejoint la manufacture HB comme peintre, puis a travaillé dans la décoration avant d’ouvrir en 1928, un atelier de décoration dans l’ancienne guinguette qu’il a rachetée place du Stivel. À la fin des années 1940, il y installera sa propre faïencerie qui comptera jusqu’à 18 salariés.
« Affranchi de toute contrainte, il donne libre cours à son génie créatif, empreint de celticisme, de cubisme, et d’un monde onirique qui lui est particulier. Il forme son fils, Maurice, à l’Art céramique avant de s’éteindre en 1958. Lui succédant, Maurice se montrera le digne continuateur de l’œuvre de son père », lit-on sur le site des Amis du Musée de la faïence.
Maurice Fouillen a arrêté son activité professionnelle en 1980 mais il a continué à créer et jusqu’à ces dernières années à peindre dans un style « plus moderne et plus sobre » que son père. Il restait en relation avec de nombreux collectionneurs du monde entier et notamment d’Amérique du Nord.
Reste à savoir maintenant ce que va devenir la fameuse maison emblématique de la place du Stivel.