« Le quartier de Locmaria se rapproche de Quimper » (Ouest-France).

Les Gallo-Romains s’y plaisaient. La faïencerie y a été prospère. Un temps délaissé, Locmaria, à Quimper, n’en finit pas de surprendre. Au hasard des rencontres, histoire(s), shopping et vie de quartier.

Photo Ouest-France.

Locmaria vu du Cap Horn. Un autre Quimper…

« Je suis un vieux Locmarien ! » Bernard Verlingue, conservateur du musée de la faïence, à Quimper, jubile en utilisant ce néologisme. Il résume bien sa relation avec le quartier de Locmaria qu’il fréquente depuis son enfance. Il a vu les évolutions marquantes de ce coin de Quimper. « J’habite sur l’autre rive. Depuis 1954, j’ai emprunté la passerelle quasiment tous les jours. » Bernard Verlingue avait quatre ans quand la passerelle est jetée entre les deux rives de l’Odet. « Avant, il y avait un passeur, Théodore. Grâce à sa barque, les ouvrières et ouvriers des faïenceries, côté bigouden, rejoignaient l’usine. » À l’époque, Locmaria était un quartier ouvrier. Deux faïenceries (Henriot et HB) y étaient implantées, dominées par de hautes tours crachant les fumées des fours où cuisaient bols et assiettes. « Il y avait un nombre considérable de bistrots où venaient boire les ouvriers. Comme le Triton, une sorte de bouge. »

« Les Quimpérois découvraient Locmaria »

Pour le jeune garçon, le quartier était un lieu de promenade. « J’y venais régulièrement avec ma mère. Locmaria, ce n’était plus tout à fait Quimper. » Souvenir d’enfance : « un faux aquarium avec des poissons en faïence, chez Fouillen père ». La faïence de Quimper et Locmaria sont indissociables. Tout particulièrement dans la vie de Bernard Verlingue. Jules, son grand-père, a acheté la faïencerie HB en 1914. Jean-Yves, son père, a pris la tête de la faïencerie en 1956. Lui-même a été directeur technique de l’entreprise devenue HB Henriot après la fusion des deux entreprises.
Le destin des faïenceries semble se confondre avec celui du quartier. « Quel bouleversement quand le bâtiment de la faïencerie Henriot a été rasé ! » Les Quimpérois ont toujours eu une relation complexe avec cet artisanat industriel. Locmaria a été souvent perçu comme un ailleurs. « J’ai eu l’impression que les Quimpérois découvraient les faïenceries et Locmaria lors des ventes de soutien organisées en 1983, quand l’entreprise a subi une liquidation judiciaire. »

« Le Cap Horn quatre fois par jour ! »

Bernard Verlingue a ressenti les bouleversements vécus par Locmaria. Jusqu’à la création du port du Corniguel, le quartier était la façade maritime de la ville. « C’était le port de Quimper. Avant la construction du pont de Poulguinan, les sabliers venaient décharger ici, sur une rive ou l’autre. » Les cartes postales d’époque ravivent les souvenirs. Est-ce par fidélité pour ce passé que Bernard Verlingue se coiffe d’une casquette de marin aux mauvais jours ? Jean-Yves Cozan (1) l’interpellait volontiers. « La Faïence, pourquoi tu portes la même casquette que moi ? Je lui répondais que je passais le Cap Horn quatre fois par jour ! » Le Cap-Horn, le nom du quartier faisant face à Locmaria.

« Un plan pour le quartier »

Aujourd’hui, la vocation touristique de Locmaria s’affirme : un hôtel de standing, des restaurants, des terrasses supplémentaires, bientôt une brasserie. « N’oublions pas qu’à une époque, la faïencerie attirait entre 40 000 et 50 000 visiteurs par an ! » pointe Bernard Verlingue. « Les cars n’arrêtaient pas de déverser les touristes. » Aujourd’hui, la faïencerie et le musée de la faïence attirent moins de monde. Mais les billets couplés (faïencerie et musée) ont du succès. Et la faïencerie est toujours là. « Compte tenu des difficultés économiques de l’entreprise, les vastes bâtiments si bien situés auraient pu intéresser des promoteurs immobiliers. On a évité qu’ils soient transformés en appartements ou en parking ! » Des repreneurs successifs assureront la continuité de l’activité. Jean-Pierre Le Goff, actuel propriétaire, a réalisé des travaux importants afin de sauvegarder ce patrimoine. Aujourd’hui, Bernard Verlingue semble rassuré. « Cette municipalité a un plan pour le quartier. Tout ne va pas aussi vite que je le voudrais. Mais Locmaria se rapproche de Quimper. »

(1) Figure politique finistérienne (1939-2015) résidant à Quimper.

Publié le 13/08/2018 par Jean-Pierre Le CARROU – Ouest-France ©

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Paul Fouillen faïencier quimpérois, Maurice Fouillen

catalogue 2015

  • 2015 – Paul Fouillen faïencier quimpérois, Maurice Fouillen

    (catalogue de l’exposition – 13 Avril au 26 septembre 2015)

    Sous la direction de Bernard Jules VERLINGUE (Ingrid POUDER, Philippe THÉALLET, photos : Bernard GALÉRON)

    Catalogue de l’exposition 2015, dédiée aux réalisations de Paul Fouillen et de son fils Maurice. Arrivé à Quimper au début des années 1920, Paul Fouillen, après avoir travaillé pour la manufacture HB, crée en 1928 des ateliers de décoration sur bois, verre… avant de les transformer, en 1945 en faïencerie.

    29,7 x 21 cm – 100 pages – ISBN 2-914009-31-3 – tarif 25 €

    Pour plus de renseignements, veuillez nous contacter.

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