Mouvement – Les Seiz Breur (Sorties de Secours).

LE CARTON VOYAGEUR, À BAUD, PARLE DES SEIZ BREUR DANS SON EXPOSITION PRINTEMPS-ÉTÉ. MÊME SI CERTAINS NE VONT RIEN APPRENDRE ICI, D’AUTRES DÉCOUVRIRONT PEUT-ÊTRE CE MOUVEMENT DONT NOUS AIMONS VRAIMENT BEAUCOUP CERTAINS ASPECTS. COURANT D’IDÉES AVANT TOUT, LES SEIZ BREUR ONT ABRITÉ DES ARTISTES DONT LES ŒUVRES NOUS PARLENT ET NOUS SÉDUISENT, RÉUNISSANT UNE VISION DE LA BRETAGNE DANS UN ESPRIT ESTHÉTIQUE ENTRE ART DÉCO ET BAUHAUS.

Xavier de Langlais.
Pont’n Abad, illustrateur Xavier de Langlais.

Daniel Le Couédic, spécialiste des Seiz Breur, a insisté dès le début de notre entretien avec lui : « Le terme Seiz Breur est devenu un cliché, comme une étiquette, mais en réalité leurs pratiques étaient très différentes, dans des disciplines très éloignées. C’est avant tout un courant d’idées qui réunissait ces artistes et ces intellectuels qui ont été partie prenante de la mutation de la Bretagne ». Ces idées – commençons par évacuer le sujet – se sont par la suite dirigées vers une dérive nationaliste pour certains, au sujet de laquelle les experts ne sont pas tous d’accord. Nous avons donc choisi de rester dans le champ plastique, où, même si on ne peut pas vraiment parler de collectif, influences et intentions portent un air de famille… Si nous aimons autant les Seiz Breur, c’est pour leur manière de mêler la tradition aux courants esthétiques qui agitaient le monde au début du vingtième siècle : Art déco, Arts & crafts, Bauhaus : « Une Bretagne de la modernité qui tenait compte du passé, dit Le Couédic, autant un mouvement d’idées qu’un mouvement artistique, qui se rapproche dans ce sens davantage du Bauhaus ». Visuellement, pourtant, certaines œuvres portent vraiment la patte de l’Art déco – « Les Seiz Breur ont été très imprégnés par l’Art déco, et l’ont presque précédé » – dans la présence du noir et blanc ou les lignes très géométriques, à commencer bien sûr par un chef d’œuvre, le splendide magasin Ty Kodaks, dessiné en 1933 par Olivier Mordrelle, aux courbes et aux lignes sublimes, sur les quais de l’Odet, à Quimper. Mordrelle ne faisait pas partie – d’après Le Couédic dans une interview donnée à Télérama – des Seiz Breur, mais son nom y a beaucoup été associé, et c’est surtout lui qui va cristalliser les dérives évoquées plus haut. A Bénodet, c’est l’incroyable villa blanche Ker Magdalena et sa tour démesurée que l’on ira voir : commanditée par Maurice Heitz-Boyer, médecin du pacha de Marrakech, à l’architecte de Rabat, Albert Laprade, en 1927, elle domine la promenade côtière.

Ar Seiz Breur. 1923-1947

René-Yves Creston.
René-Yves Creston, Nominoë – Musée départemental breton, Quimper

Ar Seiz Breur est créé en 1923 par Jeanne Malivel. Cette jeune artiste de Loudéac, prof à l’école des Beaux-arts de Rennes, n’a que 28 ans, mais elle croit très fort à un renouveau breton, affranchi des représentations folkloriques et kitsch – les « biniouseries » – et montre les motifs bretons d’une façon moderne. Elle va fédérer une soixantaine d’artistes, intellectuels et artisans, qui s’attaqueront à réinventer – parfois à plusieurs mains – l’esthétique bretonne dans tous les domaines : sculpture, gravure, mobilier, vaisselle… Joseph Savina, brillant sculpteur sur bois de Tréguier, collaborera avec Le Corbusier pendant de nombreuses années, le premier interprétant les dessins du second en sculptures, portant leur double signature (un signal fort, pour Le Corbu). Morvan Marchal, lui, est à l’origine du Gwenn ha du, le drapeau breton aux rayures noires et blanches, qui n’est donc pas venu du fond des âges, mais a été créé en 1925. Même origine pour le triskell, qui n’est pas plus breton que ça, mais, retravaillé par les Seiz breur, devient le symbole de la Bretagne. Mais là où sont les plus visibles les Seiz breur, c’est dans la faïence, vaisselle ou pièces en volume, décorées de formes géométriques souples (dents de scie, spirales, triskels, hermines, palmette, plume de paon…) portant notamment la patte de celui qui prendra le relais à la tête du mouvement après Jeanne Malivel, René-Yves Creston, qui magnifia une partie de la production de la faïencerie Henriot. Graphiquement, l’esthétique Seiz Breur s’est souvent saisie de la technique très reconnaissable de la gravure sur bois, donnant à leurs images imprimées, affiches ou publications, comme Kornog, « Revue illustrée des arts bretons », une esthétique très reconnaissable.

Kornog - René-Yves Creston.
Revue Kornog – Crédit : CRBC-UBO-Brest.

« C’étaient des gens informés, inscrits dans les mouvements de renaissance nationale, proche des Arts & Crafts ».Sensibilisés à la notion de fabrication artisanale, les Seiz Breur rejoignent ce courant né quelques années plus tôt en Angleterre, à la frontière de l’ethnologie – « Un mouvement aussi bien spirituel que mécanique dans le geste »,qui utilise des techniques traditionnelles et fait entrer l’art dans la maison en retravaillant les objets du quotidien à partir de matériaux bruts et de formes simples, une idée qui amènera à la naissance du design.

Publié par Isabelle Nivet – Sorties de Secours © – Avril 2019.

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Informations pratiques : Le Carton voyageur – Musée de la carte postale – Le Quatro – 3 avenue Jean Moulin – 56150 Baud.

Cf. l’article du Télégramme du 21 janvier 2019.

Les publications à paraître en cette fin d’année 2017.

En cette fin d’année, quelques ouvrages sont édités sur les artistes ayant collaborés aux manufactures quimpéroises.


René-Yves CRESTON – « Un artiste breton en quête d’altérité »

Sous la direction de Fañch Postic et Jean-François Simon
(Gildas Buron, Padraig Creston, Daniel Le Couédic, Daniel Sicard, Olivier Levasseur, Régine Cajon-Fournier, Danick Breny, Michel Oiry, Sébastien Carney, Grégory Moigne, Saphyr Creston et Philippe Le Stum).
éditions du CRBC (Centre de Recherche Breton Celtique) – Collection Collecteurs 
328 pages – 16 x 24 cm – 23 € (ISBN 979-10-92331-29-5).

René-Yves CRESTON CRBC 2017Livre à paraître au mois d’octobre 2017.

En avril 2015 se tenait à Batz-sur-mer (44) un colloque co-organisé par le CRBC et le Musée des Marais Salants sur l’artiste René-Yves Creston. Les actes du colloques sont désormais disponibles sous la forme d’un ouvrage de plus de 300 pages.

Depuis quelques années les expositions se succèdent sur l’artiste, en 2013 le Musée de la faïence de Quimper (RY Creston du trait à la faïence et Suzanne Candré-Creston) et le Musée Mathurin Méheut de Lamballe (En mer avec Méheut et Creston), en 2015 le Musée des Marais Salants de Batz-sur-Mer (RY Creston l’instant du geste) et en 2016/2017 le Musée de Fécamp (Du geste au dessin, RY Creston un artiste sur les chalutiers fécampois).

La thématique de la faïence de Quimper n’étant pas totalement traitée dans ce dernier ouvrage, on pourra compléter cette lecture par l’article de M. Olivier Levasseur paru en début d’année dans le bulletin 2016 de la Société Archéologique du Finistère (tome 144 – R-Y Creston : quarante ans de céramique).


Robert MICHEAU-VERNEZ – « Alchimiste de la couleur »

Jean Marc Michaud, avec la collaboration de Mikaël Micheau-Vernez.
éditions Coop Breizh
240 pages – 22 x 28 cm – 35 €.

Robert MICHEAU-VERNEZ COOP BREIZH 2017

Livre à paraître le 10 DECEMBRE 2017.

Sous l’impulsion de M. Mikaël Micheau-Vernez parait un nouvel ouvrage sur l’artiste brestois. Ce livre est signé de M. Jean-Marc Michaud commissaire de l’exposition du Musée du Faouët en 2009. Le catalogue édité à cette occasion était épuisé depuis quelques années (Micheau-Vernez 1907-1989, Liv’éditions).

Le Musée de la faïence lui avait consacré une monographie de son oeuvre céramique en 2004. Quelques exemplaires sont encore disponibles (lien).


Seiz Breur – « Pour un art moderne en Bretagne 1923 1947 »

Pascal Aumasson.
éditions Locus Solus
192 pages – 18 x 22 cm – 25 €.

SEIZ BREUR LOCUS SOLUS 2017

Livre à paraître le 8 décembre 2017.

L’ancien conservateur du Musée des Beaux-Arts de Brest signe un ouvrage sur le mouvement des Seiz Breur. Ce groupe d’artistes a laissé une trace profonde dans la céramique Bretonne des années 20 et 30. Les arts graphiques et le mobilier sont également traités dans ce livre d’art. Cet ouvrage vient combler un vide, depuis la disparition des éditions Palantines qui avaient rééditées le catalogue de l’exposition itinérante des Musées de Bretagne au début des années 2000 (Ar Seiz Breur – « La création Bretonne entre tradition et modernité »).

Pour rappel, le Musée de la faïence de Quimper a consacré son exposition de l’année 1993 à ce groupe d’artistes sous le titre : « Ar Seiz Breur – Les Sept Frères 1923-1947 – Rénovation de l’Art Traditionnel ».