La céramique fine et colorée de la basque Maiana Mendiharat (Ouest-France).

Samedi 3 et dimanche 4 septembre 2022, une trentaine de céramistes vont exposer leurs créations place du Stivel, à Quimper. Le travail de Maiana Mendiharat nous a tapé dans l’œil. Explications avec l’artisane-artiste.

Maiana Mendiharat
Maiana Mendiharat, une jeune céramiste de talent.

Entretien avec Maiana Mendiharat, céramiste à Hendaye présente au festival de céramique, samedi 3 et dimanche 4 septembre 2022.

Comment êtes-vous venue à la céramique ?

Pendant mes études à la fac d’anglais, j’ai passé un été dans une poterie écossaise et c’est là que j’ai découvert, pour la première fois, le travail de la terre. Une fois ma licence en poche, j’ai décidé de refaire un cursus et c’est comme ça que je me suis retrouvée dans une École des beaux-arts anglaise, en Cornouailles, où j’ai passé trois années pour obtenir l’équivalent d’une licence.

Mon goût pour la céramique me vient sans aucun doute de ma mère qui aimait beaucoup ça et en achetait, entre autres au potier de mon village natal qui faisait des pièces utilitaires qu’on adorait. Ayant vu toute ma vie mon père travailler dans un atelier, il n’y avait plus qu’à réunir les deux passions !

Maiana Mendiharat
Grand bol. Une réalisation de Maiana Mendiharat.

Le/la céramiste, artisan ou artiste ?

Cette distinction entre artiste et artisan ne se pose pas dans toutes les cultures. C’est à chacun de se définir comme il le souhaite. Pour ma part, je me considère comme une artisane, car je travaille sur de la petite série. Ceux qui se définissent comme artistes créent souvent des pièces uniques et sculpturales. Ce n’est pas une règle et je considère que les bols de certains céramistes sont de véritables œuvres d’art.

Parlez-nous de A Dream in a Hat…

A Dream in a Hat est né en 2011, à mon retour d’Angleterre. À l’époque, vu mes affinités avec ce pays, j’ai choisi ce nom de marque qui est l’anagramme de mon nom basque. J’ai dû tout reprendre à zéro car huit années s’étaient écoulées depuis l’obtention de mon diplôme et j’ai décidé de me lancer dans l’utilitaire afin de pouvoir le commercialiser.

J’ai choisi la technique de coulage de porcelaine : je fabrique des moules en plâtre et les pièces sont faites dans le moule par une succession de coulages de porcelaines colorées. Je vends mes pièces dans les boutiques et sur les marchés potiers à travers toute la France. Mon atelier est situé à Hendaye dans le Pays basque.

Maiana Mendiharat
Une impression de douceur se dégage des créations de Maiana.

Vous créations sont aériennes, colorées, elles tranchent avec l’aspect « brut » d’autres céramistes, d’où vient l’inspiration ?

Beaucoup voient dans mes pièces des paysages. Ce n’est pas une influence consciente mais je suppose que mon enfance passée au Pays basque y est pour quelque chose. Ce qui m’intéresse c’est le travail de la couleur et la recherche d’harmonie au moment de choisir les quatre ou cinq couleurs qui composeront une pièce. La finesse des pièces est liée à la technique décrite. Moins vous laissez la terre dans le moule, plus la pièce sera fine. Je laisse l’extérieur mat, car je trouve que cela rajoute de la douceur à la pièce.

Une tasse, une assiette, l’objet est-il toujours utilitaire ou ne devient-il pas décoratif ?

Je tiens beaucoup à l’aspect utilitaire de mes pièces. Elles sont pensées pour être utilisées et, pour moi, une pièce ne prend véritablement vie que lorsque l’on s’en sert. Je sais le plaisir que j’éprouve à manger dans une assiette ou boire dans un bol d’un collègue céramiste, j’espère faire éprouver le même plaisir à mes clients !

Vivez-vous de votre passion ?

Oui, c’est mon métier à plein temps et j’en vis. Tous les mois ne se ressemblent pas mais, au final, je m’en sors !

Une création Maiana Mendiharat est-elle à la portée de toutes les bourses ?

Tout à fait. Les prix vont de 18 € pour une tasse à expresso à 60 € pour un saladier.

Samedi 3 et dimanche 4 septembre 2022, de 10 h à 19 h, place du Stivel à Quimper (Finistère).

Publié le 2 septembre 2022 par Jean-Marc PINSON – Ouest-France ©

Jacques Villeglé, figure de l’art contemporain né à Quimper, est décédé (Ouest-France).

Jacques Villeglé
Jacques Villeglé avait créé un alphabet sociopolitique, décliné ici lors d’un travail avec la faïencerie Henriot Quimper (Finistère)

Toujours bien habillé, l’œil rieur, un chapeau sur la tête, Jacques Villeglé, né Jacques Mahé de la Villeglé, était un grand bonhomme de l’art contemporain. Il s’est éteint à l’âge de 96 ans. Son nom est associé à des affiches lacérées par des passants, abîmés par le temps, qu’il a sorties de leur contexte de la rue pour les mettre dans des galeries. Affiches de cinéma, politiques, publicitaires, il récoltait tout. Pour lui, le véritable artiste ce n’était pas lui mais « le lacérateur anonyme ».

Un travail d’archéologue urbain mené avec son copain Raymond Hains, rencontré sur les bancs de l’école des Beaux-Arts de Rennes. Villeglé était né à Quimper et n’avait pas oublié sa ville natale. L’an passé, il avait prêté 70 œuvres à l’association d’art contemporain Cactus. Le musées des Beaux-Arts de Quimper possède deux de ses œuvres. « Il était un passeur intergénérationnel, souligne Sheilla Laclusse, artiste installée à Cast (Finistère) et qui l’a bien connu. Il avait beaucoup d’humour mais était aussi très engagé. » Passionné par la poésie et la typographie il avait créé son propre alphabet.

Publié le 07 juin 2022 par Jean-Marc PINSON – Ouest-France ©


Céramique : les belles vagues de l’âme de Kathy Le Vavasseur (Ouest-France).

A l’occasion des 30 ans du musée de la faïence, à Quimper, Kathy Le Vavasseur expose un monde en mouvement, organique, proche des éléments. Poétique et pas toc.

Kathy Le Vavasseur
Kathy Le Vavasseur devant une de ses œuvres ondoyantes, au musée de la Faïence, sur les bords de l’Odet, à Quimper.

Portrait On le devine à ses yeux. Sous son masque. Kathy Le Vavasseur a le sourire bienveillant. Patiemment elle explique au néophyte le long travail de la céramique. De l’idée fulgurante à la lente et longue gestation de l’objet qui sort du four. Des essais, des techniques, de ce savoir-faire appris auprès de quelques maîtres comme le mexicain Gustavo Perez ou de l’américain Wayne Fischer.

Pour comprendre la source de son travail, il faut remonter le fleuve de son existence. Elle est née au bord du Mékong et, quand elle ne travaille pas à Paris, vit à Locmaria, à Quimper, le long de la rivière de l’Odet. Kathy Le Vavasseur est à la confluence de trois cultures, le Vietnam, l’Italie, par ses parents et la France qui a accueilli sa famille en 1975. « Les eaux du Mékong, le vent, sont ancrées en moi. »

Kathy Le Vavasseur
Une des sculptures pyramidales inspirées de notre colonne vertébrale.

Dans les pas du père

Pas étonnant qu’elle ait conçu des formes ondulantes, telles des vagues qui se superposent. Les strates. Elle aime bien ce mot. Comme des sédiments au fond de l’eau qui refont surface. Elle arrive à donner du mouvement à la matière pourtant inerte. Pas étonnant non plus qu’elle adore danser et qu’elle affectionne la plongée sous-marine. Pour l’exposition elle a mis une couche de latin à ses strates qui deviennent « stratum ». Kathy aime jouer avec les mots.

Céramiste, plasticienne, Kathy Le Vavasseur travaille des techniques mixtes. Parallèlement à ses œuvres originales, elle a mis son talent au service d’architectes d’intérieurs, de l’industrie textile, « j’ai travaillé pour des filiales d’Hermès », un peu de luminaires aussi.

Remonter le fleuve de la création, toujours à la source. Il y a le Mékong, on l’a dit. Et son père. « Il avait fait les Beaux-Arts à Venise, par la suite il a travaillé pour l’église, au Vietnam. » Sculpteur de scènes pieuses, la Vierge à l’enfant, Chemin de croix, des statues, des bas-reliefs. « À son arrivée en France il a travaillé pour les arts du feu et la table, notamment dans le moulage de plâtre pour les cristalleries. » Forcément, la petite Kathy a trouvé dans l’atelier paternel plus qu’un terrain de jeu. Une passion. Sa vie.

Kathy Le Vavasseur
Le corps humain et ses organes inspirent énormément l’artiste.

Totems

Le choc est saisissant entre les œuvres contemporaines de Kathy et le fond du musée de la Faïence. Mais c’est un brassage d’époques tellement décalé que cela aussi coule de source. De l’abstrait qui se fond dans le concret. « Mes céramiques et sculptures ne sont pas utiles », sourit l’artiste qui nous guide dans les allées du musée. Pas de bol ou de vase. Très peu de couleurs, ou alors fondues dans la masse, comme tatouées dans la céramique. « La surface de la faïence peut être lisse, brute. » À côté des strates de vagues, l’artiste expose des totems. Des ossatures de colonnes vertébrales, des ossements. La couleur de la sculpture est aussi osseuse. Des os, mais aussi un cœur comme saisi par une main, une bronche-branche, un sacrum inversé devenu sacré, des neurones aux synapses de verre.

Les éléments sont très importants aux yeux de Kathy Le Vavasseur qui arrive à retranscrire dans ses sculptures le vent, l’onde des flots, la force de la terre. Comme ses curieux entrelacs aux couleurs noir et ocre, de terre mêlée et de faïence lisse qui traduisent l’atmosphère spirituelle des bords du Gange. Ou ces ondes debout, tels des branches de grès naturel chamotté, de faïence teintée et de terre mêlée inspirés par le Loo, un vent brûlant venant du sud-ouest dans le désert du Thar, en Inde. Poétique, pétri de spiritualité, le travail de Kathy Le Vavasseur, s’il s’inspire des éléments naturels, met l’humain, et surtout l’âme, au cœur de son ouvrage.

L’exposition est visible à Locmaria, au 14, rue Jean-Baptiste Bousquet, à Quimper, au musée de la faïence jusqu’au 19 septembre. À noter que Kathy Le Vavasseur anime des ateliers pour le public (sur réservation au 02 98 90 12 72) ce dimanche à 14 h et 16 h. Visite de l’exposition en présence de l’artiste à 11 h, ce dimanche.

Publié le 3 septembre 2021 par Jean-Marc PINSON – Ouest-France ©

Les cheminements de Xavier Krebs (Ouest-France).

Quimperlé accueille une exposition d’un enfant du pays. Xavier Krebs (1923-2013), figure de l’abstraction d’après-guerre, a construit son œuvre pas à pas.

Hommage à Takanobu
Hommage à Takanobu, 1970. Huile sur bois, 41 x 25,5 cm. Collection particulière.

Sur les bancs des écoles, tous les petits espagnols connaissent par cœur les vers d’Antonio Machado : « Caminante, no hay camino, se hace camino al andar. »

Comprenez : « C’est en marchant qu’on trace sa route. » Xavier Krebs, peintre né à Quimperlé en 1923, illustre parfaitement ces mots.

Suivons un peu les traces de cet artiste majeur de l’abstraction.

Après une enfance sur les bords de l’Aven, entre Quimperlé et le Poulguin, il s’engage à 18 ans dans les troupes françaises d’Afrique du Nord, il prend part aux campagnes de Tunisie, d’Italie, au débarquement de Provence, aux campagnes d’Alsace et d’Allemagne.

Après un court retour dans le Finistère, il part en Indochine. Reviendra avec la dysenterie et des images sombres en mémoire. Il y laissera sa foi en Dieu dans « ce lieu de ténèbres ».

Le chemin suivi par Xavier Krebs est fait de méandres, de tours et détours. Avec des étapes importantes. Comme la faïencerie Keraluc, à Quimper. « Ce sera le premier, en Bretagne, à intégrer dans la céramique des motifs abstraits », ​souligne Fanny Drugeon, commissaire de l’exposition à Quimperlé.

Xavier Krebs
Xavier Krebs, en 1972. (André Maurice)

Peintre autodidacte, Krebs trouvera sur sa route des peintres qui marchent sous la bannière de l’abstraction lyrique : Degottex, Hantaï, Poliakoff, Benrath.

Dans ses bagages iconographiques, Krebs a embarqué Turner, Goya, Klee, Kandinsky, Sérusier et des primitifs italiens. Géographiquement, le peintre qui était plutôt du genre « taiseux », ​selon son fils Benjamin, exercera son art en région parisienne, en Touraine, puis enfin, dans le Tarn.

Ce grand marcheur, pétri de taoïsme, peintre contemplatif, aimera cheminer en Inde et dans le Sahara. Dans son parcours intellectuel, Krebs fera de belles découvertes en créant des carrefours inattendus.


Comme dans ce portait de Shimegori, par le peintre japonais Takanobu (1142-1205). Fasciné par la forme noire octogonale dans le portrait, il trouve un écho à cette figure géométrique dans Melancolia du peintre-graveur Dürer (1471-1528). Une forme transposée dans ses paysages abstraits.

Les trois gorges
Les trois gorges, 2007. Huile sur toile, 110 x 65 cm. Collection particulière.

Adoubé par les critiques et les galeristes, Xavier Krebs est injustement méconnu du grand public. L’exposition sur ses terres natales est l’occasion de faire un bout de chemin en sa compagnie.

« Ma peinture, écrivait-il, pourrait aussi être une mise à plat de ces espaces qui nous coupent le souffle, qui nous « naviguent »​, une expression de la durée et du déplacement dans l’immobilité de la toile. »

jusqu’au 10 octobre, « Xavier Krebs, cheminements, ​à Quimperlé.

À lire, catalogue de l’expo, éditions Locus Solus, 112 pages, 25 €

Publié le 19/06/2021 par Jean-Marc PINSON – Ouest-France ©