De belles surprises lors de la matinée d’estimation du musée de la faïence de Quimper (Ouest-France).

Samedi 6 août 2022, le Musée de la faïence de Quimper (Finistère) et l’association des Amis du musée ont organisé une matinée d’estimation. Elle a accueilli beaucoup de monde et a révélé quelques trésors.

Estimations août 2022
Matinée d’estimation de la faïence à Quimper (Finistère), deux pièces de Micheau-Vernez, danseurs et sonneurs sur la table d’expertise de Bernard Verlingue.

Chacun un carton ou un sac de courses en main, ils étaient là pour proposer leurs faïences de Quimper (Finistère) aux connaisseurs que sont les Amis du Musée, samedi 6 août 2022. Ces derniers faisaient un premier tri et dirigeaient les détenteurs des plus belles pièces vers la table où Bernard Verlingue, expert et conservateur du Musée de la faïence de Locmaria, opérait.

« C’est mon Noël ! Et en plus, ce sont les gens qui m’ouvrent les cadeaux ! » Ce fin connaisseur prend un réel plaisir à expliquer la provenance, les techniques de création et l’historique de l’artiste à chaque personne assise devant lui. On l’écoute respectueusement et l’estimation financière n’en devient qu’accessoire.

Estimations août 2022
Bernard Verlingue, expert et conservateur du Musée de la faïence de Quimper (Finistère), estimant une croix funéraire peu courante.

Découvrir l’histoire des faïences

Quelques surprises parmi les faïences présentées : une croix décorée de fleurs en relief, un art funéraire très important après la Première Guerre mondiale. « Les fleurs étaient moulées à la main, par des ouvrières que l’on appelait des pleureuses », précise Bernard Verlingue.

Estimations août 2022
Une très belle faïence de Micheau-Vernez, en parfait état, entre les mains de l’expert Bernard Verlingue.

Des vases Odetta, une chouette de Taburet, du Jean Caër, du Porquier, des danseurs et sonneurs de Micheau-Vernez, du service de table plus classique HB ou Keraluc… Le spécialiste a vu les pièces défiler.

Une Mam Goz estimée à 2 500 € minimum

Parmi les pièces, on compte également un buste de Laënnec de Georges Robin, offert en prix d’excellence à un élève du Likès, en 1934, et une superbe Mam Goz du Faouët de l’artiste L.H. Nicot. Une pièce très rare et en excellent état, datant des années 1930, qui a été estimée à 2 500 € minimum. « Elle a été offerte à mon père pour sa communion dans les années 1940 « , raconte la propriétaire.

Estimations août 2022
Une Vierge portant un enfant, datant du XVIIIe : l’une des jolies surprises de cette matinée d’estimation du Musée de la faïence de Quimper (Finistère).

La belle histoire du jour a aussi la première à se présenter, ce samedi 6 août 2022, dès 10 h. Marie-Thérèse Marzin possède une faïence qu’elle a toujours, du plus loin qu’elle se souvienne, vue dans la maison familiale. Il s’agit d’une Vierge portant l’enfant, avec l’inscription « Notre-Dame-des-Carmes » sur le socle. C’est son grand-père qui, labourant son champ, dans les années 1930, déterre cette Vierge. Quelle récolte !

Des pièces transmises de génération en génération

Une faïence datée par Bernard Verlingue du XVIIIe siècle. « Pendant la Révolution, les gens cachaient et enterraient les symboles religieux face au régime de la Terreur « , relaie Marie-Thérèse Marzin, d’après les explications de l’expert.

Cette séance d’estimation a été un succès, tant par l’affluence que par les trésors vus ce jour, démontrant, si on en doutait, que la faïence de Quimper a toujours la cote.

Publié le 7 août 2022 – Ouest-France ©

Votre faïence réserve-t-elle une belle surprise ? Une matinée pour la faire estimer (Ouest-France).

Le musée de la faïence, à Quimper (Finistère), propose une matinée d’estimation, samedi 6 août 2022. L’occasion de dépoussiérer les pièces qui dorment dans les greniers et de découvrir un art en s’éloignant des clichés.

Jérémy Varoquier
Entretien avec Jérémy Varoquier, assistant de Bernard Verlingue, conservateur du musée de la faïence de Quimper (Finistère).

La traditionnelle matinée d’estimation de faïence revient samedi 6 août 2022. Qui peut y venir ?

Toute personne qui possède une faïence de Quimper. Bernard Verlingue, le conservateur du musée, sera là pour en donner une estimation et des explications. Afin que tout le monde ne vienne pas en même temps, nous donnons des créneaux horaires, toutes les cinq-dix minutes, entre 10 h et 13 h. Il suffit d’appeler pour s’inscrire. Nous demandons 5 € en échange, pour soutenir nos actions. Et cela permet aussi d’entrer au musée pour visiter l’exposition en cours : Les merveilles de la faïencerie Porquier-Beau . Nous sommes très attachés à transmettre et à sensibiliser afin de sortir la faïence des clichés, afin de la montrer dans toute sa diversité. Et aussi pour éviter tout simplement qu’elle ne parte à la benne.

Vous avez parfois des surprises lors de cette matinée d’estimation ?

Oui. L’an dernier, on a vu arriver une œuvre de Mathurin Méheut justement – nommée La femme aux roussettes – dans un sac de courses. Son propriétaire était venu parce qu’il la trouvait jolie. Elle a été estimée 5 000 € lors de notre matinée. Le monsieur est reparti avec, sous un bras, toujours dans son sac de course. Ce contraste, ces surprises, nous animent. On ne sait jamais sur quoi on va tomber.

Comment se porte le marché de la faïence ?

Il y a de l’intérêt pour les pièces d’artistes (réalisées dans le cadre de collaborations). Mathurin Méheut – dont le nouveau musée a ouvert en juin à Lamballe (Côtes-d’Armor), qui fait aussi l’objet d’une exposition au musée de Pont-Aven, et qui a collaboré avec Henriot à Quimper – est ainsi en vogue. À l’inverse, il y a moins de demande pour les services de table.

Les modes de consommation évoluent : de plus en plus de personnes, chez elles, dans des restaurants, achètent des objets en seconde main, dépareillent leurs assiettes… Ces fameux services de table en faïence, moins cotés, peuvent-ils là trouver une seconde jeunesse ?

Complètement car il est possible de se fournir (N.D.L.R. : auprès des ressourceries, brocanteurs, hôtels des ventes…) en services de table pour peu cher.

Samedi 6 août 2022, de 10 h à 13 h, au musée de la faïence, à Quimper (14, rue Jean-Baptiste-Bousquet). Renseignements et inscription à la matinée d’estimation au 02 98 90 12 72.

Publié le 4 août 2022 – Recueilli par Rose-Marie Duguen – Ouest-France ©

Le bel été fait-il déserter les musées ? À Quimper au contraire, la faïence attire plus que jamais (Ouest-France).

À Quimper (Finistère), les visiteurs sont nombreux à pousser la porte du musée de la faïence. La fréquentation est même en hausse depuis mi-avril 2022.

Assiettes Porquier-Beau
À Quimper (Finistère), le musée de la faïence et son exposition consacrée aux « Merveilles de la faïencerie Porquier-Beau » attirent les visiteurs en cette saison 2022.

L’équipe du musée de la faïence de Quimper (Finistère) a le sourire : depuis sa réouverture annuelle mi-avril 2022, avec l’exposition consacrée aux Merveilles de la faïencerie Porquier-Beau , les visiteurs sont bel et bien là. « Depuis le début de la saison, nous enregistrons 10 à 20 % de fréquentation supplémentaire par rapport à 2019, qui avait été notre meilleure année avec 10 000 visiteurs au total », apprécie Jérémy Varoquier, assistant de Bernard Verlingue, conservateur du musée.

Des touristes français et étrangers

Ce mois de juillet, très chaud et très ensoleillé, ne fait pas exception. Au contraire : les visiteurs – français, allemands, anglais, américains, belges, suisses… – y ont été près de 20 % plus nombreux que d’habitude. « Le beau temps, qui peut faire préférer les plages aux musées, ne semble pas nous avoir impactés », commente Jérémy Varoquier. Les fortes chaleurs ont peut-être même poussé les touristes à rechercher la fraîcheur des lieux d’exposition.

Les touristes sont-ils, de manière générale, plus nombreux en Cornouaille ? Ont-ils davantage d’appétit pour les visites culturelles ? Les raisons de cette affluence ne sont pas encore toutes identifiées. Mais comme le souligne Jérémy Varoquier, le musée a aussi la cote auprès des groupes « en lien avec des campings locaux », qui conseillent les vacanciers. « Nous avons ainsi plus d’une cinquantaine de réservations de groupes pour nos visites guidées jusqu’à mi-octobre. » Date à laquelle le musée refermera ses portes cette année.

Musée de la faïence de Quimper (14, rue Jean-Baptiste-Bousquet). Ouvert du lundi au samedi, de 10 h à 18 h. Visites guidées les lundis, mercredis et samedis à 15 h 30 (compris dans le billet). Entrée : 5 € ; 4 € (18-25 ans) ; et 3 € (7-17 ans). Renseignements au 02 98 90 12 72.

Publié le 4 juillet 2022 par Rose-Marie Duguen – Ouest-France ©

« Le Minor et ses artistes, entre tradition et création », au Fort, cet été (Ouest-France).

Cet été 2022, le Fort de Sainte-Marine (Finistère) est le siège de l’exposition « Le Minor et ses artistes, entre tradition et création ». À découvrir du 2 juillet au 28 août 2022.

Le Minor
Gildas Le Minor, Brigitte Le Gall-Le Berre et Armel Morgant, biographe de la maison Le Minor devant les tapisseries de Dom Robert.

Événement culturel de l’été, le Fort de Sainte-Marine (Finistère) est le siège de l’exposition « Le Minor et ses artistes, entre tradition et création ». « Évoquer la Maison Le Minor, c’est mettre en exergue l’un des emblèmes du patrimoine, de l’histoire et de la culture bigoudène », explique Brigitte Le Gall-Le Berre, adjointe à la culture.

C’est aussi une manière de rendre hommage à une femme d’exception, Marie-Anne Le Minor (1901-1984), engagée très jeune dans l’action sociale, ouvrant dès 1930 un atelier proposant l’apprentissage de la couture aux jeunes filles, leur permettant de vivre et travailler au pays. Elle fondera la Maison qui porte son nom en 1936.

Les Poupées de Bretagne

Avec des premiers pas de génie en ayant l’idée de développer les « Poupées de Bretagne » véritables objets de collection en s’inspirant des habits bretons et du savoir-faire local. « Constatant le nombre de brodeurs et brodeuses exceptionnels en Pays bigouden, elle aura ensuite l’intuition géniale de transposer cet art de la broderie à d’autres productions plus artistiques. De là, commence une fréquentation du monde de l’art et de ses artistes, tels Mathurin Méheut, Pierre Toulhoat, avec lesquels elle entamera des collaborations pour ses productions de tapisseries, foulards et plus tard nappes imprimées », raconte son petit-fils Gildas Le Minor.

Renouveau grâce aux bannières

Marie-Anne Le Minor a toujours su s’entourer des bonnes personnes. Elle fait également travailler des équipes sur des ornements de tissus d’ameublement, elle a l’idée de faire broder des vêtements sacerdotaux. Autre coup de génie la broderie décorative qui va trouver un renouveau grâce aux bannières, véritables œuvres d’art entièrement brodées à la main et qui illuminent pardons, processions et intérieurs d’édifices religieux. Après les panneaux décoratifs brodés, les ateliers Le Minor se lanceront dans la production de tapisseries. Pierre Toulhoat, bien sûr mais aussi Jean Fournier, Georges Conan, René Quéré, André Bouler, René-Yves Creston et bien sûr Dom Robert. Les tapisseries réalisées à partir de cartons et peintures vaudront à la maison Le Minor une reconnaissance officielle car considérées comme des œuvres d’art originales.

Au fil de la visite des quelques salles d’exposition, le visiteur plonge dans un monde de lumière et de beauté pure magnifié par des savoir-faire d’une tradition ancrée au Pays bigouden.

Fort de Sainte-Marine du 2 juillet au 28 août, ouvert tous les jours sauf le mardi de 14 h 30 à 18 h 30. Entrée libre. Conférences les 20 juillet et 9 août à Croas Ver à 18h30.

Publié le 1er juillet 2022 – Ouest-France ©

Maison de haute Faïence (Bretons en cuisine).

Plus que tricentenaire la faïencerie Henriot, à Quimper, est unique en son genre en France. Ses chevilles ouvrières perpétuent un savoir-faire artisanal contre vents et marées.

François Le Goff
François Le Goff, actuel directeur de la faïencerie quimpéroise Henriot, a épaulé son père, l’entrepreneur Jean-Pierre Le Goff, lors du rachat de la faïencerie, alors en liquidation judiciaire, en 2011.

« Il faudrait environ trois ans plein temps pour tout trier, nettoyer et répertorier… » François Le Goff, directeur de la faïencerie quimpéroise Henriot, fait office de guide dans la « salle des archives » de l’entreprise. L’immense grenier occupe l’intégralité du dernier étage de la manufacture, à quelques pas des rives de l’Odet. Dans ce décor digne d’un film de Tim Burton s’entassent plusieurs centaines de milliers d’objets issus des ateliers Henriot ou de ceux de concurrents absorbés par la société au fil des décennies. Déambuler dans ce lieu hors du temps — et fermé au public — revient à parcourir trois siècles d’histoire bretonne : Henriot, qui fêtera ses 333 ans en 2023, figure parmi les plus vieilles entreprises de France.

Robert Micheau-Vernez
L’artiste-peintre Robert Micheau-Vernez a créé de nombreuses statuettes pour la faïencerie Henriot, parmi lesquelles cette « danseuse bigoudène ».

À l’étage inférieur se trouvent des ateliers parfaitement opérationnels, d’où sortent chaque année plusieurs milliers d’assiettes, plateaux, saladiers, tasses, ainsi, entre autres, que les célèbres « bols-prénom ». Toutes ces pièces arborent, au revers, la célèbre signature « Henriot Quimper France ». Douze personnes officient ici selon des procédés qui n’ont guère évolué depuis le début du XXe siècle. L’argile, matériau de base, ne provient plus des berges de l’Odet, mais de plusieurs fabricants spécialisés disséminés aux quatre coins de la France. Les « biscuits », ainsi que l’on nomme les pièces fraîchement façonnées, ne sont plus chauffés dans des fours à bois, mais dans d’imposants équivalents électriques. Pour le reste, les gestes et outils renvoient aux temps anciens. Le calibrage, qui consiste à donner aux morceaux d’argile la forme désirée, est effectué à l’aide d’antiques machines constamment réparées.

Après la première cuisson et le trempage dans un bain d’émail, les six peintres « maison » se chargent de la décoration des pièces.

Annelise Le Bras
Annelise Le Bras, peintre sur faïence, en plein travail.

Un silence monacal règne dans leur antre. Chaque artiste passe environ sept heures par jour ici, yeux rivés sur les pièces à orner. Les gestes sont précis et assurés. Deux ou trois coups de pinceau suffisent à faire naître une fleur sur la faïence. « On connaît les décors parce qu’on les peint depuis longtemps, explique Annelise Le Bras, 26 ans de métier. On peint presque par réflexe. » Trois ans sont nécessaires a« apprentis pour maîtriser la peinture sur faïence ainsi que le style Quimper ». Ce dernier, caractérisé notamment par le travail à main levée, les couleurs vives, ainsi que les motifs traditionnels bretons (parfois modernisés ci déclinés), était commun aux différentes faïenceries installées dans la capitale du Finistère à partir de la fin du XVIIIe siècle. Ces sociétés se sont longtemps concurrencées et rachetées entre elles. Trois siècles plus tard, alors que triomphe la vaisselle bon marché fabriquée aux antipodes, seule Henriot demeure.

Le calibrage
1 – Le calibrage consiste à façonner le morceau d’argile à l’aide d’un moule et d’un calibre.

La célèbre faïencerie quimpéroise est l’une des dernières, en France, à fonctionner de façon totalement artisanale. Une gageure, selon François Le Goff, qui ne cache pas les difficultés pour recruter du personnel, assurer les approvisionnements et demeurer attractif dans un monde dominé par les produits industriels. Pas question, pour autant, de remettre en cause les valeurs de la maison : « Faire ce qu’on fait, comme on le fait, aujourd’hui, c’est presque contre-nature… Mais on veut conserver ce savoir-faire et l’âme de la marque. »

Photos Bretons en cuisine
2 – Un moule destiné à la fabrication d’un «bol-prénom». 3 – Les couleurs utilisées par les peintres de la faïencerie sont créées sur place, en mélangeant différents pigments. 4 – Un bol Henriot « standard » est vendu environ 40 euros, soit cinq à dix fois plus qu’un équivalent fabriqué à l’étranger de façon industrielle.
Couverture de Bretons en cuisine n°42

Le saviez-vous ?
Certaines pièces anciennes signées « Henriot Quimper », particulièrement recherchées, se vendent plusieurs milliers d’euros. Leur valeur dépend notamment de l’époque de fabrication et de la cote de l’artiste ayant réalisé les motifs.

Publié le 1er juin 2022 – Textes et photos Nicolas Legendre – Bretons en cuisine n°42 ©