A l’occasion de la sortie de « Micheau-Vernez, l’œuvre de faïence », rencontre avec Mikaël Micheau-Vernez à propos de l’histoire artistique de son père. S’il est plus connu pour son œuvre de faïence réalisée pour la faïencerie Henriot de Quimper, il est en réalité un artiste aux multiples talents dont le style, reconnaissable entre tous, se distingue par la force et la modernité des compositions et un talent de coloriste étonnant mariant des couleurs inattendues. Mickaël Micheau-Vernez lève en partie le voile sur cette personnalité discrète plus occupée de poursuivre son œuvre que de chercher la reconnaissance.
Pour la saison 2020, nous vous proposons de nous pencher sur la création céramique de plusieurs artistes, condisciples au sein de la Manufacture Keraluc. Contraction de la « maison de Lucas » en breton, Ker ar Lucas, la faïencerie Keraluc est fondée par Victor Lucas en 1946. L’ingénieur, issu de l’école nationale de céramique de Sèvres, a passé dix-huit ans chez Henriot et quatre ans chez HB. En pleine Reconstruction, il décide de réaliser un projet muri de longue date : créer une faïencerie imaginée comme un foyer d’art vivant réservant une expression totalement libre aux artistes créateurs. L’idée est d’écrire, avec des yeux d’homme moderne, une nouvelle page de l’histoire de l’art populaire breton.
Jos Le Corre (1925-1979).
Cette pépinière de talents va bien plus loin dans la volonté d’ouverture du monde de la céramique de Quimper aux artistes, initiée au début des années 1920 par les deux principales manufactures de Locmaria. Victor Lucas délaisse l’édition de pièces pour offrir aux artistes collaborant avec Keraluc, la possibilité de créer eux-mêmes les œuvres qu’ils imaginent. Ainsi, ils ont profité d’un climat de travail favorable, d’une grande liberté d’expression, d’un soutien technique sans faille et d’une grande ouverture d’esprit permettant l’acceptation d’audacieuses innovations, créant une rupture totale avec le style traditionnel de Quimper.
Priorité aux artistes
Élèves ou professeurs de la toute nouvelle section céramique de l’école des Beaux-Arts et Arts appliqués de Cornouailles, ou encore ouvriers talentueux, la nouvelle manufacture va donner leur chance à un certain nombre d’artistes qui feront le nom de Keraluc et y resteront associés pour le reste de leur carrière.
Certains, comme Xavier Krebs, se serviront de la céramique pour évoluer d’un art figuratif, reprenant des éléments décoratifs bretons récurrents, vers des compositions abstraites. D’autres, comme Paul Yvain ou Pierre Toulhoat, exploiteront l’histoire vraie ou légendaire de l’Armorique et de la mythologie bretonne à leur manière et avec leur propre style. L’humanité maritime, ce monde des ports et de l’océan, fera partie des thèmes classiques de cette génération de créateurs tel René Quéré.
Xavier Krebs (1923-2013).
Profitant d’une rétrospective consacrée à Xavier Krebs à Quimperlé et ne pouvant exposer toute la production de la Faïencerie Keraluc, nous nous focaliserons sur les collaborations artistiques des années 1950. Rassemblement de pièces uniques, l’exposition rassemblera principalement quatre noms : Xavier Krebs, Pierre Toulhoat, René Quéré et Paul Yvain. Ils seront accompagnés de bien d’autres, chacun apportant sa touche pour le renouveau de la faïence de Quimper.
Marie Toulhoat va ouvrir un atelier-boutique à Spézet.
Marie Toulhoat s’apprête à ouvrir « fin 2019 ou début 2020 », un atelier-boutique au 22, rue du Général-de-Gaulle à Spézet. On pourra non seulement y trouver ses céramiques et peintures, mais aussi ses créations de bijoux. « Mon père Pierre Toulhoat, artiste renommé, m’a transmis son savoir-faire pour la création de prototypes », précise l’artiste.
Cette Quimpéroise d’origine est tombée sous le charme de Spézet et de ses habitants. « J’ai eu un vrai coup de cœur pour ce pays. J’ai vraiment été très bien accueillie. Je sens une vraie attente des gens qui ont envie que ça marche ».
Elle a donc acheté cet ancien commerce pour y aménager sa boutique et son atelier attenant. Les travaux doivent débuter dans quelques jours. Pour l’aider à démarrer et concrétiser son projet, Marie Toulhoat lance une campagne de financement participatif sur le site de Tudigo.
L’une des grandes scènes de la fresque murale de Pierre de Belay.
L’hôtel Kermoor, à Bénodet, accueillera des enchères pas comme les autres le 1er décembre. Les cinq tableaux monumentaux de Pierre de Belay qui composent le décor de son restaurant y seront mis en vente. Une première étape pour la famille Daniel, qui envisage ensuite de se séparer de son établissement.
Ils ne seront pas trop de deux pour tourner cette page d’histoire Bénodetoise et bretonne. Les commissaires-priseurs Mes Tiphaine Le Grignou et Yves Cosquéric, vont se charger d’une vente aux enchères exceptionnelle, dimanche 1er décembre, à l’Hôtel Kermoor. Elle aura lieu au sein de l’hôtel, qui fut construit à l’emplacement d’un ancien manoir, propriété d’Alsaciens au début du XXe siècle.
L’une des scènes de la fresque murale de Pierre de Belay.
Kermoor est, depuis sa construction, propriété de la famille Daniel. En 1923, Jean-Marie Daniel, aïeul de Jean-Charles Daniel, commande une fresque monumentale à Pierre Savigny de Belay (1890-1947), ami intime du poète quimpérois Max Jacob, pour orner les murs de son restaurant. Ce type de commande est à la mode à l’époque. Jean-Julien Lemordant a peint pour la salle à manger de l’hôtel L’Épée, à Quimper. À Concarneau, Douarnenez, Beg-Meil, des peintres proposent leurs services à des hôtels et des restaurants.
Véritables icônes de la Bretagne
C’est dans ce contexte que le peintre Quimpérois Pierre de Belay va réaliser cinq tableaux monumentaux. Il a alors 33 ans. Il a connu la guerre et les années bohèmes, à Montmartre, avec son ami Max Jacob. Il est alors éprouvé par le décès de son épouse et de deux de ses enfants, emportés par la tuberculose. Jean-Marie Daniel lui laisse carte blanche. De Belay imagine cinq scènes inspirées des célébrations religieuses et des fêtes profanes qui rythment la vie locale.
« Nous espérons que les musées, institutions privées ou publiques, mécènes, et grands chefs d’entreprise bretons sauront se mobiliser pour sauver cet ensemble unique ».
Sa vision de l’imaginaire breton va lui faire connaître le succès. Ses peintures sont aujourd’hui considérées comme de véritables icônes de la Bretagne et sont référencées dans de nombreux ouvrages. L’ancien conservateur du Musée des beaux-arts de Quimper, André Cariou, spécialiste de De Belay, en fera l’un de ses sujets d’étude. Il notera que ce décor est l’un des derniers qui soit encore en place et dans un état de conservation inespéré. Bien d‘autres œuvres ont été démontées, dispersées…
« Pas laisser partir notre patrimoine »
De Belay avait conçu son décor comme un tout. La famille Daniel a décidé de vendre les fresques séparément mais avec une faculté de réunion finale. « Elles seront mises en vente à 30 000 € l’unité, avec une enchère provisoire sur le tout », précise Me Yves Cosquéric. Originaire de Bénodet, ce dernier s’est beaucoup investi dans la préparation de cet événement. « Nous espérons que les musées, institutions privées ou publiques, mécènes, et grands chefs d’entreprise bretons sauront se mobiliser pour sauver cet ensemble unique. Nous avons trop vu d’emblématiques tableaux bretons, que ce soit de Mathurin Méheut comme de Pierre de Belay, qui ont quitté la Bretagne pour les États-Unis ou ailleurs… », émet-il.
L’une des scènes de la fresque murale de Pierre de Belay.
D’ores et déjà, des acheteurs américains et un Russe se sont fait connaître. « Mais pour un ou deux des tableaux. C’est notre crainte ! Or, c’est une carte postale de la Bretagne des années folles. On ne doit pas laisser partir un élément essentiel de notre patrimoine ! », martèle Yves Cosquéric, qui table sur une cagnotte bretonne. Réponse le 1er décembre.
Pratique : Vente aux enchères des cinq tableaux monumentaux de Pierre de Belay, dimanche 1er décembre, à partir de 14 h 15, hôtel Kermoor, corniche de la plage, à Bénodet.