« Vous allez être excommunié ! » (Le Télégramme)

Des expos, des regards (1).

exposition 2016

« I tron varia breiz izel » (« Notre-Dame de Bretagne ») de Robert Micheau-Vernez.

L’enfant Jésus jouant du biniou ! oeuvre insolite de l’artiste Robert Micheau-Vernez, dont l’évêché provoqua, dans les années 1950, l’interruption de la production. Elle est exposée au Musée de la faïence. C’est le premier volet d’une série consacrée aux expositions de l’été.

« Lorsque cette pièce en faïence a été éditée, l’évêché a contacté Jules Henriot, le patron de la faïencerie à l’époque, en lui disant : « Mais Monsieur Henriot, vous allez être excommunié ! ». Jules Henriot, qui était très croyant, a tout de suite arrêté la production », relate, l’oeil malicieux, Bernard Verlingue. Le conservateur du Musée de la faïence désigne là « I tron varia breiz izel », une vierge à l’enfant Jésus qui joue du biniou. Elle a été réalisée par Robert Micheau-Vernez (1907-1989) dans les années cinquante. La faïence est montrée dans le cadre de l’exposition temporaire du musée de Locmaria, « Les femmes et les enfants d’abord… ». « L’interruption de la production sur intervention de l’évêque en a fait une pièce extrêmement rare. À ma connaissance, elle existe à cinq ou six exemplaires difficiles à trouver chez les particuliers. Celle-ci appartient à la famille de Micheau-Vernez. Je tenais absolument à la présenter dans le cadre de cette exposition. Au-delà de ses qualités artistiques, symboliques, elle se révèle un joli clin d’oeil à la thématique de la femme et de l’enfant. Elle intrigue beaucoup les visiteurs », se réjouit le responsable du musée.

« Il en a été très déçu »


Mais, quelle fut donc la réaction de Robert Micheau-Vernez à l’époque ? « Il en a été très déçu, mais comme il était fidèle, il ne l’a pas fait fabriquer ailleurs.

Il l’a mise dans sa poche avec son mouchoir par-dessus ! C’était pourtant, pour lui, une pièce emblématique de la Bretagne. Souvenons-nous que l’artiste a appartenu au mouvement Seiz Breur. Pour lui, qui était également sonneur, l’enfant Jésus pouvait jouer du biniou. Pourquoi pas après tout ? Il avait conçu cette pièce en toute bonne foi, sans aucune provocation. Moi, je trouve cela fantastique ! », s’exclame Bernard Verlingue. Cette vierge à l’enfant, si singulière, arbore des couleurs vives et notamment un fabuleux bleu aluminate de cobalt. « Elle est tout à fait dans l’esprit de Micheau-Vernez, qui est l’artiste qui a introduit le mouvement dans la faïence de Quimper, avec ses robes, ses plis, ses décorations, la reprise de fresque de danseurs », éclaire le spécialiste. La faïencerie Henriot a-t-elle, malgré la menace d’excommunication de son ancien patron, conservé un modèle de l’oeuvre ? « Oui, nous l’avons retrouvé il n’y a pas si longtemps. Ce pourrait être amusant de relancer sa production », lance Bernard Verlingue. Il tempère aussitôt. « Enfin, en réalité, ce serait délicat, car il y a beaucoup de détails, de choses collées, les rubans de la coiffe qui rappelle d’ailleurs Sainte-Anne-d’Auray, tous les morceaux du biniou sont rajoutés après… C’est un boulot assez considérable », décrit le conservateur du musée. Il entrevoit une reprise de production coûteuse. « Au niveau du prix de la pièce en modèle ancien. La dernière qui s’est vendue l’a été à plus de 6.000 € », évalue-t-il.

Expo visible du lundi au samedi, de 10 h à 18 h. Entrée : 4,50 €. Tél. 02.98.90.12.72.

Publié le 08 août 2016 – Bruno Salaün © Le Télégramme

Femmes et enfants de faïence au musée (Ouest-France)

Robert Micheau-Vernez

Photo : Itron Varia Breiz Izel, Robert Micheau-Vernez, Henriot. | Archives Ouest-France

Pour ses 25 ans, le musée de la faïence, situé dans le quartier de Locmaria, présente une exposition temporaire pleine d’émotion : Les femmes et les enfants d’abord…

Une dizaine de pièces, de toutes tailles, ont été rassemblées par le conservateur du musée Bernard Verlingue. Ces faïences, parfois cocasses, évoquent les différentes étapes de la vie : les premiers pas des enfants, les jeux, le travail et les relations avec les aïeux.

Les représentations des mères et de leurs protégés existent depuis le début des manufactures. Alfred Beau se saisit de ce thème pour la manufacture Porquier au début du XXe siècle.

Jusqu’au 30 septembre, Musée de la faïence, 14, rue Jean-Baptiste Bousquet. Du lundi au samedi, de 10 h à 18 h, sans interruption. Tél. 02 98 90 12 72.

Publié le 25/07/2016 – © Ouest-France

Femmes et enfants en faïence (Le Progrès de Cornouaille)

Pour son exposition, le Musée de la faïence met les femmes et les enfants à l’honneur. Un thème particulièrement exploité par les artistes. Plus de 200 pièces sont présentées.

exposition 2016

Maman et bébé de Pont-Aven, Robert Micheau-Vernez.

Alors qu’il fête cette année ses 25 ans, le Musée de la faïence, fait honneur aux femmes et aux enfants avec sa nouvelle exposition estivale. « Ce sujet est porteur, on le voit bien dans les ventes aux enchères et il faut reconnaître qu’il est plaisant et varié », souligne Bernard Verlingue, conservateur du musée. Plus de 200 pièces issues pour une partie non négligeable de la collection du musée — mais aussi de collections privées et du Musée départemental breton — sont présentées. Certaines pièces n’ont jamais été montrées comme ce fragment d’une procession en terre chamottée émaillée de Mathurin Méheut. « Nous avons les calques préparatoires à un panneau mural mais nous n’avons jamais retrouvé les pièces de céramique. »

La représentation des femmes et des enfants a, de tout temps, été exploitée dans les manufactures. « Initialement, il s’agissait de productions religieuses. Au fil du temps, même si elles perdurent, c’est avant tout dans leur quotidien que les femmes et les enfants sont évoqués », ajoute Bernard Verlingue.

Des pièces utilitaires comme des bols, des assiettes, des pots, des plats… aux pièces décoratives de toutes sortes, vases, figurines, bibelots, cendriers…, certaines originales ou drôles, cette exposition permet de découvrir ou redécouvrir le travail de nombreux artistes des XIXe et XXe siècles, aux styles différents. Des artistes à retrouver dans les différentes salles du musée.

24/06/2016 par sylvie bechet © Le Progrès de Cornouaille

Depuis 25 ans, ce musée fait briller la faïence (Ouest-France)

François BAZIN

Photo : Une oeuvre de François Bazin, la maquette du Monument aux Bigoudens qui se trouve à Pont-l’Abbé. | Béatrice Le Grand.

Le Musée de la faïence fête ses 25 ans. Ce musée privé est un écrin pour la faïence de Quimper. Il embellit aussi le quartier de Locmaria. En 2007, il a pourtant failli disparaître…

D’où viennent les faïences exposées à Locmaria ? Des faïenceries quimpéroises ! « Ce sont des pièces d’atelier qui servaient de témoin lorsqu’une production était lancée », explique Bernard Verlingue, conservateur du musée depuis sa création, en juin 1991. Au fil des ans, la faïencerie Henriot a racheté la faïencerie Porquier, la faïencerie HB a racheté Henriot… C’est ainsi que s’est constituée la collection.

Après le dépôt de bilan des Faïenceries de Quimper (1983), l’Américain Paul Janssens rachète puis relance l’activité sous le nom HB Henriot. Mais Jean-Yves Verlingue, précédent propriétaire des Faïenceries de Quimper, obtient que la collection reste sa propriété. Pendant quelques années, la collection reste dans les locaux de la faïencerie, au rez-de-chaussée et au premier étage du bâtiment aujourd’hui occupé par le brodeur Pascal Jaouen.

« La maison de la demoiselle Porquier est en vente ! »

« Nous cherchions un local à Quimper pour exposer ces faïences », rappelle Bernard Verlingue. Il aurait été stupide de les mettre dans des cartons. Les célébrations du tricentenaire (1990) relancent l’intérêt pour la faïence de Quimper. Nous avons eu un projet avec le centre d’art contemporain qui venait d’être créé par Marc Bécam. » Les élections municipales, perdues par Marc Bécam, feront capoter le projet. C’est Jean-Louis Léonus, ancien directeur technique de HB Henriot, qui trouve la solution en 1990. « Il habitait dans un appartement, juste en face de Locmaria, sur la rive droite de l’Odet. Il nous alerte : la maison de la demoiselle Porquier est en vente ! » Le bâtiment a perdu sa toiture depuis l’ouragan de 1987 mais il est idéalement placé. Juste à côté de la faïencerie HB Henriot. La maison, avec son petit atelier attenant, est achetée en août. « Le temps était compté. Nous voulions ouvrir le musée en juin 1991, juste avant la saison. »

La tour fait causer

La course contre la montre est lancée. L’architecte quimpérois Javier Moron dessine le musée. Le chantier est confié à l’entreprise Joncour. « Les travaux ont débuté en novembre 1990. Les murs de la maison ont été conservés. » L’ensemble est une réussite. Une paroi entièrement vitrée, côté cour, permet au musée de « respirer ». Un palmier, qui a résisté à l’ouragan, doit être arraché. « J’ai insisté pour qu’un autre soit replanté. » L’arbre exotique prospère toujours, protégé par le doux air de l’Odet. Seul petit point d’interrogation, la tour imaginée par l’architecte (occupée aujourd’hui par la styliste Rachel Le Gall). « Des voisins ont perdu la vue sur l’Odet… » L’édifice circulaire, provoque des interrogations. Mais la tour est la signature du musée. Vingt-cinq ans après, le verdict est sans appel. Dans un environnement architectural disparate, le Musée de la faïence est l’un des points forts du quartier.

Les polémiques évitées

En juin 1991, le Musée de la faïence Jules Verlingue, du nom du père de Jean-Yves Verlingue, est inauguré. C’est le début de l’aventure. La première exposition est consacrée aux Vierges et saints en faïence de Quimper, à partir du travail de Laurent Cahn. À partir de la troisième année, le musée édite un catalogue pour ses expositions temporaires qui sont autant d’événements. En 1993, exposition sur les Seiz Breur. « Le sujet était un peu sulfureux en raison de l’attitude de certains de ses membres pendant l’Occupation. » Pas de polémique cependant. Comme il n’y en aura pas à propos de l’Exposition coloniale malgré des faïences (d’époque) ouvertement racistes. À chaque fois, Bernard Verlingue prend soin d’expliquer le contexte, sans l’excuser. « Je n’ai pas pratiqué l’auto-censure. »

Si Locmaria embellit…

Quel avenir pour le plus grand musée mondial de la faïence de Quimper ? Bernard Verlingue, 65 ans, est serein. L’équilibre financier semble durablement assuré. Malgré tout, compte-tenu de ses faibles moyens, le musée ne peut mener une politique d’acquisition. Lors des expositions temporaires, des pièces sont prêtées par des collectionneurs. Après avoir subi une érosion importante, le nombre des visiteurs s’est stabilisé. « On comptait 20 000 entrées les premières années. Aujourd’hui, cela tourne autour de 8 000-9 000 visiteurs d’avril à septembre. »
Bernard Verlingue sait que le musée dépend aussi de la vie du quartier. Depuis quelques années, Locmaria embellit. D’autres projets vont aboutir. Rendez-vous dans 25 ans.

Musée de la faïence. 14, rue Jean-Baptiste-Bousquet.

Jean-Pierre LE CARROU

Publié le 01/06/2016 – © Ouest-France