Mosaïque murale. « Bon vent me pousse » boulevard de Sévigné (Le Télégramme).

émile Daubé - Panneau pour la galerie Ty Breiz 1928

Bon vent me pousse, la devise d’Octave-Louis Aubert, boulevard de Sévigné.

« Bon vent me pousse ». Telle est la devise d’Octave-Louis Aubert (1870-1950) lisible sur la faïence apposée sur la façade de sa maison d’édition Ty Breiz (ancien siège de la Chambre de commerce) au style néoclassique, boulevard Sévigné. Une commande passée à la manufacture Henriot de Quimper par le fondateur des éditions La Bretagne Touristique, et président du Syndicat l’initiative de Saint-Brieuc de 1921 à 1930. La mosaïque représente les fleurons de la Bretagne : un bateau à voile gonflant à bloc son foc avant, l’Hermine dans son immaculée blancheur, à droite, et le Griffon qui lui répond sur le même ton. Au beau milieu, trônant, l’effigie du duc de Bretagne, la coiffure surmontée d’une tour crénelée.

Illustrateur de la Bretagne

Parisien d’origine, il arrive à Saint-Brieuc en 1893 comme journaliste au « Réveil breton » et se passionne pour la Bretagne. Il se lie d’amitié avec Anatole Le Braz, Charles le Goffic, Louis Guilloux. Éminent illustrateur de la Bretagne, Octave-Louis Aubert, a fait connaître le mouvement Seiz Breur porté par René-Yves Ceston, fondateur du Musée de Saint-Brieuc. Propagateur du développement économique et touristique régional, il a valorisé les itinéraires culturels, artistiques, littéraires, touristiques de la Bretagne aux cinq départements.

Publié le 09 août 2017 – © Le Télégramme.

(Panneau d’Émile DAUBÉ (1885-1961), cf. l’encyclopédie des céramiques de Quimper tome 4 de Philippe Théallet et Bernard Jules Verlingue, éditions de la Reinette 2005, page 228).

Le couple inconnu de Jos Kervella (Le Télégramme).

Photo Ronan LARVOR

Bernard Verlingue présente la céramique, inconnue des experts jusqu’à aujourd’hui.

Le Télégramme débute une série sur les expositions estivales dans les musées et autres lieux culturels de Quimper. Premier rendez-vous autour d’une oeuvre originale de Jos Kervella, présentée au Musée de la Faïence. Bernard Verlingue, le conservateur du Musée de la Faïence, expert incontesté des faïences de Quimper, n’en finit pas de s’enthousiasmer devant des pièces inconnues qui lui sont apportées. Cette année, l’exposition d’été sur le thème « Armor, Argoat, la Bretagne au travail » réunissant des oeuvres autour des postures et des métiers de la mer et de la terre, a une nouvelle fois été l’occasion de belles découvertes. Parmi les 310 pièces exposées, Bernard Verlingue s’arrête devant une statue céramique : l’homme assis étripe une raie ou peut-être une lotte, la femme debout tient un panier rempli de poissons. La scène est réaliste, si ce n’était la dimension réduite du bateau qui les porte. « C’est une oeuvre qui nous était totalement inconnue, dit Bernard Verlingue. Tout est parti d’un collectionneur du nord de la France, qui est allé voir Philippe Theallet (un autre expert quimpérois) l’hiver dernier, avec cette pièce de Jos Kervella dans son sac. Il avait appris que nous préparions cette exposition sur le travail. Il est très curieux qu’un travail de cette taille, fait dans un moule, soit totalement inconnu. Le collectionneur l’avait acquise dans une vente dans le nord de la France ».

« Réalisée dans les années 40 »

Bernard Verlingue sort la pièce de sa vitrine délicatement. « Elle est signée à plusieurs reprises, montre-t-il. Mais elle n’est pas datée. On peut estimer qu’elle a été réalisée dans les années 1940 ». Jos Kervella (1915-1956), né à Saint-Urbain, près de Landerneau, a travaillé à Quimper, après des études aux Beaux-Arts et à l’École des arts décoratifs, à Paris, dans les années 1930. Après être passé chez Henriot, où il a fait quelques pièces pour Creston pour financer ses études, il a plus tard travaillé pour la faïencerie HB. Il n’est pas rare que la production d’artistes déjà bien répertoriée réserve toujours des surprises. Pour la même exposition, Bernard Verlingue a ainsi découvert des statues de chevaux d’Yvonne Jean-Haffen. C’est donc avec enthousiasme que le conservateur accueillera samedi matin, au musée, les particuliers qui possèdent des faïences lors d’une matinée d’estimation de leur valeur. L’estimation gratuite aura lieu de 10 h à 13 h. En contrepartie, le musée demande aux personnes intéressées de prendre un ticket d’entrée (5 €) qui permet de visiter le lieu.

Publié le 10 août 2017 par Ronan LARVOR – © Le Télégramme

Musée de la faïence. La Bretagne au travail (le Télégramme).

Bernard Verlingue

Bernard Verlingue a réuni 310 pièces de faïence qui évoquent les métiers de la mer et de la terre.

C’est la première fois qu’une telle collection de faïences de Quimper est rassemblée au Musée de la faïence de Locmaria. Près de 80 % des pièces ont été prêtées par des musées partenaires pour illustrer le thème retenu : « Armor, Argoat, la Bretagne au travail ». Cette collection de 310 pièces, visible jusqu’au 30 septembre, est déclinée par thèmes. Les métiers de la mer sont présentés selon les différentes activités : pêcheurs à pied, morutiers, marins, débarquement du poisson, paludiers, goémoniers, etc. Les métiers de la terre sont aussi très divers avec les moissonneurs, la dentellière, le sabotier, le tavernier et même le curé « car c’est un métier ! », considère Bernard Verlingue, le conservateur du musée.

Jour de fête au marché

Dans une vitrine, l’atmosphère d’un marché et d’une foire aux bestiaux a été reconstituée. « Ce jour-là, c’était jour de fête aussi », explique Bernard Verlingue en montrant une faïence qui représente un cirque. Cette exposition, c’est aussi une belle opportunité pour découvrir des pièces rares : comme ces deux scènes maritimes de Georges Renaud, artiste chez HB à Quimper, qui représentent des scènes maritimes. « C’est le seul artiste à avoir utilisé cette technique. Il posait une toile sur la pâte de faïence pour imprimer le grain de la toile. Elle était ensuite enlevée avant de passer les plaques au four. Cette technique donnait aux céramiques l’aspect d’une toile ».

Faïences de Quimper : estimation le 12 août

Bernard Verlingue, expert en faïence de Quimper, propose aux propriétaires de faïences quimpéroises, et qui souhaitent connaître leur valeur, de venir les faire estimer au musée le 12 août en matinée. En contrepartie, il vous demandera de vous acquitter du droit d’entrée vous permettant de visiter le musée.

Publié le 02 août 2017 – © Le Télégramme.

La Bretagne cousine de l’Amazonie (Le Télégramme).

Mexique au musée de la faïence de Quimper

De gauche à droite, Karine Baron, Elsa Alayse, Anne Pennanguer, Bernard Verlingue et Ingrid Pouder.

Le musée de la faïence expose jusqu’à dimanche, le travail de recherche des élèves de la section euro-espagnol du lycée de Cornouaille. Pendant un an, une trentaine d’adolescents ont travaillé sur les similitudes des deux cultures à travers la céramique. Le musée de la faïence de Quimper accueille, jusqu’à dimanche, dans son hall, l’exposition sur le thème de la céramique, réalisée par les élèves de la classe euro-espagnol du lycée de Cornouaille. « L’année dernière, le musée avait accueilli les créations des élèves de première du lycée, commence Bernard Verlingue, conservateur du musée. C’est important de montrer que tout le monde peut entrer dans un musée ». Anne Pennanguer, professeure d’espagnol au lycée de Cornouaille et responsable de la section euro-espagnol, a réitéré l’initiative cette année. « Les élèves se sont investis l’année dernière pour le projet sur les costumes, explique l’hispanophone. Nous avons encore plus d’élèves inscrits dans la section cette année. Le but de ces projets est de booster la section ». Après plusieurs voyages en Amérique Latine, Anne Pennanguer a remarqué des similitudes frappantes entre les cultures amérindiennes et bretonnes. « Les costumes d’Amérique latine m’ont rappelé ceux de Plougastel », s’étonne-t-elle.

Rencontres avec plusieurs artistes

Dès la rentrée de septembre jusqu’au mois de juin, une trentaine d’élèves de seconde se sont attelés à découvrir les similitudes entre les cultures amérindiennes et bretonnes sur le thème de la céramique. Pour les accompagner dans leur mission, ils ont rencontré plusieurs artistes. « Rachel Le Gall, modiste et styliste quimpéroise, a participé au projet, se réjouit Anne Pennanguer. Les élèves ont dessiné des croquis de céramique inspiré de la culture bretonne et amérindienne. Rachel Le Gall en a ensuite réalisé quatre en grandeur nature ». Édith Etsam, fondatrice de l’association Ikamia (« de la forêt » en amérindien Aguarangua), qui met en avant l’art et la culture amazonienne, a également partagé ses connaissances avec les lycéens. « Ses interventions étaient de grande qualité », se souvient l’enseignante d’espagnol.

La fête des morts pour l’année prochaine

L’année prochaine, c’est la céramiste peintre brestoise Elsa Alayse qui aiguillera les élèves. Sur le thème de « la fête des morts et boîte à crâne ». Les futures secondes de la section euro-espagnol découvriront le rapport qu’entretiennent les Amazoniens avec leurs défunts. « Il existe, là-bas, un devoir de respect pour ceux qui sont partis, explique Anne Pennanguer. Ils ont une place à part dans la maison », conclut-elle.

Publié le 18 juillet 2017 – © Le Télégramme.

Le décès de Corentin LE PAPE

Le céramiste Corentin Le PAPE nous a quitté à l’âge de 102 ans le 26 juin 2017. Le musée Bigouden de Pont-l’Abbé lui consacra une exposition en mai 2015.

Corentin le Pape

Exposition du musée Bigouden

Nous reproduisons l’article que lui consacrait le télégramme en 2013.


 

Corentin Le Pape. Grand céramiste inconnu

Né à Pont-l’Abbé, Corentin Le Pape, 99 ans, expose pour la première fois ses céramiques. Un artiste indépendant qui, pendant plus de 30 ans, a coopéré avec HB Henriot, mais considère son art comme un passe-temps. Que cela soit la première exposition du grand céramiste pont-l’abbiste Corentin Le Pape, à l’âge de 99 ans, paraît tout simplement incroyable, au vu de la qualité et de la finesse de ses oeuvres. Quand on rencontre le personnage, à la résidence des Jardins d’Arcadie à Quimper, dans son petit appartement transformé en atelier pour maquettes et qu’on est sensible à sa simplicité, sa gentillesse et son espièglerie, on comprend mieux.

Corentin le Pape

Corentin Le Pape portant magnifiquement le costume bigouden, en 1936, à Paris, où il fréquentait les milieux culturels bretons et militait pour « Ar Brezoneg er skol », le breton à l’école (photo DR).

« Je n’ai rien à vendre ni à transmettre »

Pourquoi n’a-t-il pas exposé avant ? « Parce que je n’ai rien à vendre », répond-il. « Tout est parti d’un article d’Annick Fleitour paru dans la revue Cap Caval l’année dernière (1). Bernard Le Floc’h a insisté pour que j’expose, moi je n’en avais aucune envie. C’est mon petit musée personnel, je n’ai rien à transmettre. Oui, j’étais à l’inauguration, parce que je ne pouvais pas faire autrement… », raconte-t-il. Bernard Le Floc’h, « mon homme de confiance » (2), comme le qualifie l’artiste depuis convaincu, propose donc l’exposition des oeuvres de Corentin Le Pape au président de la communauté de communes du Pays bigouden sud (CCPBS), Jean-Paul Stanzel, pour inaugurer la saison estivale, à l’accueil de la Maison de la baie d’Audierne, récemment passée dans le giron communautaire. Devenu commissaire de l’exposition, Bernard Le Floc’h va sélectionner cinquante-six oeuvres dans le « cabinet de curiosités » de Corentin, privilégiant celles inspirées de la culture bretonne et celte. Parmi elles, des créations de faïence qui se nourrissent d’art populaire, comme les plats reproduisant le riche plastron bigouden en différentes tonalités ou le premier émail réalisé par Corentin, un grand plat qui expose les trois grandes étapes de l’évolution de la coiffe bigoudène, entourées du château de Pont-l’Abbé, de l’église de Lambourg, de la Tour carrée et de l’église Notre-Dame de la Joie de Penmarc’h. Mais aussi des reproductions de monnaies gauloises, en particulier celles retrouvées sur l’oppidum de Tronoën… À quelques encablures de Tréguennec.

Du fils de paysans au « militaire d’occasion »

Comment ce fils de paysans, né à Kerdual, sur la route de Loctudy en 1914, orphelin d’un père qui ne reviendra jamais de la « grande guerre », qui ne parle que le breton jusqu’à l’âge de six ans, qui a fait de « dures classes » chez les frères Saint-Gabriel (3), puis chez les jésuites de l’Institut catholique d’arts et métiers de Lille, une brillante carrière dans l’armée de l’air, devient-il céramiste ? Parce qu’à l’âge de la retraite, à 47 ans, c’est devenu son passe-temps ! « J’étais un militaire d’occasion », commente Corentin. En tant que pilote d’avion, le conflit de 39-45 va bouleverser sa carrière. Avant tout, il voulait être ingénieur en aéronautique. Dans le contexte des conflits d’Afrique du Nord, il n’est pas mécontent, dit-il, de quitter l’armée en 1961. « C’est à ce moment-là que commence sa vie d’artiste, écrit Annick Fleitour. Doué de ses mains, parfait autodidacte, il se met à travailler la terre. À son domicile, Corentin, qui ne vend pas ses oeuvres, crée pour son plaisir des plats, des assiettes, des croix, des bénitiers, des bas-reliefs, des lampes, des candélabres, s’inspirant des civilisations celte, romaine ou aztèque ».

Corentin le Pape

Pas pour HB Henriot, mais « chez HB »

Un ami d’enfance, Bastian Le Pemp, devenu céramiste indépendant à Quimper, l’initie à la céramique. Un autre ami, Jos Le Corre, qui lui officiait à la manufacture Keraluc, le met en relation avec la faïencerie HB. « Je n’ai jamais travaillé pour HB mais chez HB », insiste l’artiste qui, en trente ans de collaboration, a connu la belle époque de la faïencerie quimpéroise mais aussi le rachat d’Henriot, les différentes vagues de plans sociaux, les grèves. « Ils me fournissaient le matériel, j’utilisais leur four, c’était tous des copains », raconte-t-il. Homme généreux et humaniste, Corentin faisait aussi beaucoup cadeau de ses créations au personnel. Il se rappelle notamment une série de petites assiettes avec les signes du zodiaque. À l’occasion de son départ, il reçoit un plat estampillé HB Henriot, portant au dos l’inscription calligraphiée « À M. Le Pape, avec les remerciements du personnel des faïenceries de Quimper, Noël 1993 ».

« La modestie de cet autodidacte… »

« Après 1995, j’ai perdu tout contact avec HB Henriot. J’ai laissé tomber la céramique pour m’occuper de ma femme, gravement malade ». Et depuis qu’il vit à la résidence pour personnes âgées, il se passionne pour la maquette. Il anime même un atelier de maquettes d’avion en bois vendues au profit du Téléthon de Briec. « Ça passe le temps ». Comme dit si bien Annick Fleitour, « la modestie de cet autodidacte n’a d’égal que son talent ».

1. Annick Fleitour, présidente de l'Association des amis du musée bigouden, fait partie du comité de rédaction. Cf. nº28 de juillet 2012.

2. Bernard Le Floc'h, premier vice-président de l'Institut culturel de Bretagne, est un découvreur d'artistes d'exception du Pays bigouden, élu de l'opposition de Pont-l'Abbé, conseiller de la CCPBS.

3. Selon Corentin, « les frères de Saint-Gabriel détenaient la vérité et voulaient l'asséner, les jésuites laissent une grande part au doute ». À Saint-Gabriel, il se souvient aussi de la lutte contre la langue bretonne et de la ségrégation sociale : une cour pour les internes, une cour pour les externes de la ville et une cour pour les enfants de la campagne, la sienne.

Publié le 12 août 2013 © LeTélégramme