Le décès de Corentin LE PAPE

Le céramiste Corentin Le PAPE nous a quitté à l’âge de 102 ans le 26 juin 2017. Le musée Bigouden de Pont-l’Abbé lui consacra une exposition en mai 2015.

Corentin le Pape

Exposition du musée Bigouden

Nous reproduisons l’article que lui consacrait le télégramme en 2013.


 

Corentin Le Pape. Grand céramiste inconnu

Né à Pont-l’Abbé, Corentin Le Pape, 99 ans, expose pour la première fois ses céramiques. Un artiste indépendant qui, pendant plus de 30 ans, a coopéré avec HB Henriot, mais considère son art comme un passe-temps. Que cela soit la première exposition du grand céramiste pont-l’abbiste Corentin Le Pape, à l’âge de 99 ans, paraît tout simplement incroyable, au vu de la qualité et de la finesse de ses oeuvres. Quand on rencontre le personnage, à la résidence des Jardins d’Arcadie à Quimper, dans son petit appartement transformé en atelier pour maquettes et qu’on est sensible à sa simplicité, sa gentillesse et son espièglerie, on comprend mieux.

Corentin le Pape

Corentin Le Pape portant magnifiquement le costume bigouden, en 1936, à Paris, où il fréquentait les milieux culturels bretons et militait pour « Ar Brezoneg er skol », le breton à l’école (photo DR).

« Je n’ai rien à vendre ni à transmettre »

Pourquoi n’a-t-il pas exposé avant ? « Parce que je n’ai rien à vendre », répond-il. « Tout est parti d’un article d’Annick Fleitour paru dans la revue Cap Caval l’année dernière (1). Bernard Le Floc’h a insisté pour que j’expose, moi je n’en avais aucune envie. C’est mon petit musée personnel, je n’ai rien à transmettre. Oui, j’étais à l’inauguration, parce que je ne pouvais pas faire autrement… », raconte-t-il. Bernard Le Floc’h, « mon homme de confiance » (2), comme le qualifie l’artiste depuis convaincu, propose donc l’exposition des oeuvres de Corentin Le Pape au président de la communauté de communes du Pays bigouden sud (CCPBS), Jean-Paul Stanzel, pour inaugurer la saison estivale, à l’accueil de la Maison de la baie d’Audierne, récemment passée dans le giron communautaire. Devenu commissaire de l’exposition, Bernard Le Floc’h va sélectionner cinquante-six oeuvres dans le « cabinet de curiosités » de Corentin, privilégiant celles inspirées de la culture bretonne et celte. Parmi elles, des créations de faïence qui se nourrissent d’art populaire, comme les plats reproduisant le riche plastron bigouden en différentes tonalités ou le premier émail réalisé par Corentin, un grand plat qui expose les trois grandes étapes de l’évolution de la coiffe bigoudène, entourées du château de Pont-l’Abbé, de l’église de Lambourg, de la Tour carrée et de l’église Notre-Dame de la Joie de Penmarc’h. Mais aussi des reproductions de monnaies gauloises, en particulier celles retrouvées sur l’oppidum de Tronoën… À quelques encablures de Tréguennec.

Du fils de paysans au « militaire d’occasion »

Comment ce fils de paysans, né à Kerdual, sur la route de Loctudy en 1914, orphelin d’un père qui ne reviendra jamais de la « grande guerre », qui ne parle que le breton jusqu’à l’âge de six ans, qui a fait de « dures classes » chez les frères Saint-Gabriel (3), puis chez les jésuites de l’Institut catholique d’arts et métiers de Lille, une brillante carrière dans l’armée de l’air, devient-il céramiste ? Parce qu’à l’âge de la retraite, à 47 ans, c’est devenu son passe-temps ! « J’étais un militaire d’occasion », commente Corentin. En tant que pilote d’avion, le conflit de 39-45 va bouleverser sa carrière. Avant tout, il voulait être ingénieur en aéronautique. Dans le contexte des conflits d’Afrique du Nord, il n’est pas mécontent, dit-il, de quitter l’armée en 1961. « C’est à ce moment-là que commence sa vie d’artiste, écrit Annick Fleitour. Doué de ses mains, parfait autodidacte, il se met à travailler la terre. À son domicile, Corentin, qui ne vend pas ses oeuvres, crée pour son plaisir des plats, des assiettes, des croix, des bénitiers, des bas-reliefs, des lampes, des candélabres, s’inspirant des civilisations celte, romaine ou aztèque ».

Corentin le Pape

Pas pour HB Henriot, mais « chez HB »

Un ami d’enfance, Bastian Le Pemp, devenu céramiste indépendant à Quimper, l’initie à la céramique. Un autre ami, Jos Le Corre, qui lui officiait à la manufacture Keraluc, le met en relation avec la faïencerie HB. « Je n’ai jamais travaillé pour HB mais chez HB », insiste l’artiste qui, en trente ans de collaboration, a connu la belle époque de la faïencerie quimpéroise mais aussi le rachat d’Henriot, les différentes vagues de plans sociaux, les grèves. « Ils me fournissaient le matériel, j’utilisais leur four, c’était tous des copains », raconte-t-il. Homme généreux et humaniste, Corentin faisait aussi beaucoup cadeau de ses créations au personnel. Il se rappelle notamment une série de petites assiettes avec les signes du zodiaque. À l’occasion de son départ, il reçoit un plat estampillé HB Henriot, portant au dos l’inscription calligraphiée « À M. Le Pape, avec les remerciements du personnel des faïenceries de Quimper, Noël 1993 ».

« La modestie de cet autodidacte… »

« Après 1995, j’ai perdu tout contact avec HB Henriot. J’ai laissé tomber la céramique pour m’occuper de ma femme, gravement malade ». Et depuis qu’il vit à la résidence pour personnes âgées, il se passionne pour la maquette. Il anime même un atelier de maquettes d’avion en bois vendues au profit du Téléthon de Briec. « Ça passe le temps ». Comme dit si bien Annick Fleitour, « la modestie de cet autodidacte n’a d’égal que son talent ».

1. Annick Fleitour, présidente de l'Association des amis du musée bigouden, fait partie du comité de rédaction. Cf. nº28 de juillet 2012.

2. Bernard Le Floc'h, premier vice-président de l'Institut culturel de Bretagne, est un découvreur d'artistes d'exception du Pays bigouden, élu de l'opposition de Pont-l'Abbé, conseiller de la CCPBS.

3. Selon Corentin, « les frères de Saint-Gabriel détenaient la vérité et voulaient l'asséner, les jésuites laissent une grande part au doute ». À Saint-Gabriel, il se souvient aussi de la lutte contre la langue bretonne et de la ségrégation sociale : une cour pour les internes, une cour pour les externes de la ville et une cour pour les enfants de la campagne, la sienne.

Publié le 12 août 2013 © LeTélégramme

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