Derrière les faïences, des souvenirs de famille (Ouest-France)

Vase de la grand-mère, cadeau de mariage de maman… Samedi, une quarantaine de personnes ont fait estimer ces biens de famille made in Quimper par le spécialiste Bernard Verlingue.

« Le cadeau de mariage »

« On a vu de belles pièces, moins de pièces ordinaires que les années passées. » À l’issue de près de trois heures d’estimation, pendant lesquelles il a reçu une quarantaine de personnes, samedi, au musée de la Faïence, Bernard Verlingue tire un bilan satisfaisant.

estimation

À gauche, la sculpture « Barr Avel », estimée à 3 000 €, cadeau de mariage en 1935, figurera bientôt dans le catalogue d’une vente aux enchères. À droite, en haut, Bernard Verlingue, conservateur du Musée de la Faïence. En bas, Philippe et Martine, le frère et la soeur, comptent mettent en vente les faïences de leurs grands-parents dont ce vase, estimé à 200 €. |

Parmi les plus belles pièces de la matinée, la sculpture Barr Avel de René-Yves Creston. « C’est le cadeau de mariage de ma mère, en 1935, offert par mon parrain », confie la propriétaire.

Cette sculpture, estimée à 3 000 € environ par le conservateur, figurera dans un prochain catalogue de ventes aux enchères. Et qui sait, la Ouessantine traversera peut-être l’Atlantique pour gagner les États-Unis : « Le marché des belles pièces est français mais aussi américain », explique Bernard Verlingue.

« Pas le droit d’approcher »

Martine se souvient des vacances à Loctudy, chez Marie-Jeanne, la grand-mère maternelle : « On n’avait pas le droit d’approcher les faïences ! » Aujourd’hui, elle et son frère ont l’intention de se séparer de ces pièces qui prennent la poussière : « On n’avait aucune idée des prix. »

L’estimation de Bernard Verlingue est la bienvenue pour ces Parisiens en vacances dans la maison familiale. Un vase, « une pièce offerte au grand-père paternel juste avant la Seconde Guerre mondiale », confectionné dans la seconde moitié des années 1930, pourra partir pour 200 € : « On y mettait de l’eau… ou du cidre », sourit Philippe.

« La salière de ma grand-mère »

Cette salière « collée, recollée », Alain Méleard la voit, encore aujourd’hui, avec des yeux d’enfant : « Je l’ai toujours vue chez ma grand-mère de Lannion. » De son carton, il sort un cendrier dont le décor le fait sourire : « On y voit une femme et un bébé ! Ces cendriers étaient fabriqués pour faire la promotion d’un alcool local, l’Elixir d’Armorique. On n’imaginerait plus ça, aujourd’hui ! »

Converti en euros, le contenu du carton ne pèse pas lourd. Mais comme le glisse parfois le conservateur Bernard Verlingue aux propriétaires de pièces communes, il est rempli d’une « valeur sentimentale ».

« J’y tiens, mais… »

Estimation : 1 000 €. La propriétaire s’épanche : « Cette pièce a une valeur sentimentale pour moi. Mais que va-t-elle devenir ? J’ai deux garçons… Est-ce que je la vends et j’achète autre chose ? Est-ce que je la garde ? » Cette maman est repartie avec ses questions…

Nelly CLOAREC.

Publié le 16/08/2016 – © Ouest-France

Les pièces de faïence expertisé (le Télégramme)


Quimper. Les pièces de faïence expertisées par Letelegramme

Ils se pressent chaque année pour faire estimer la valeur de leurs pièces de faïence. Près de 60 personnes ont patienté, hier matin, pour soumettre leur « trésor » à l’expertise de Bernard Verlingue. Des pièces d’artistes recherchées, beaucoup moins lorsqu’il s’agit de services de tables, aujourd’hui dépréciés.

Les images de Jean Le Borgne – © Le Télégramme

Plouigneau, un costume sur faïence (Le Télégramme)

Des expos, des regards (6).

exposition 2016

Rare série de faïences mettant en scène le costume de Plouigneau. Elle est signée Marie-Renée Chevalier-Kervern.

Le sixième volet de notre série consacrée aux expositions de l’été nous conduit, de nouveau, dans une vitrine du Musée de la faïence. À la découverte d’une série insolite et incomplète qui met en valeur le costume de Plouigneau. Rareté !

« Dans cette série des années 1930 de Marie-Renée Chevalier-Kervern (1902-1987), ce qui est assez fantastique, c’est qu’elle est la seule artiste à avoir représenté sur faïence ce costume-là, celui de Plouigneau », décrit Bernard Verlingue, conservateur du musée. « Elle est originaire de ce coin-là. C’est un costume très riche, avec ce chapelet qui indique l’attachement à la religion. En réalité, il manque une pièce à cette série de cinq : elle représente des enfants, à la manière de petits poucets. Je ne l’ai pas retrouvée », indique le conservateur du musée. Cette série, sans titre, de statuettes en rond de bosse aux tons pastel, a été réalisée chez Henriot. Elle est singulière parmi les 200 modèles présentés dans l’exposition, même si elle s’inscrit dans la lignée des productions de son époque. « Le rond de bosse est apparu avec la technique du coulage, à Quimper, vers 1918. C’est mon grand-père qui l’a introduite ici. Elle s’est développée chez Henriot avec l’arrivée de Victor Lucas, un ingénieur céramiste. Cette technique consiste à mettre de l’argile liquide dans un moule en plâtre. Le plâtre pompe l’eau et raffermit la pâte, si bien que l’on va pouvoir faire une multitude de choses. On sort de la contrainte précédente, lorsque les pièces étaient faites par estampage, par moitié que l’on recollait », éclaire le conservateur.

« La sincérité du geste »

Marie-Renée Chevalier-Kervern avait suivi l’école des arts décoratifs. Et comme beaucoup d’artistes, à l’époque, elle avait repéré qu’Henriot proposait des choses nouvelles. « C’est elle qui est entrée en contact avec Henriot, comme la majorité des artistes qui ont collaboré avec la faïencerie. En l’occurrence, leur chef de fil était Mathurin Méheut (1882-1958). Il a fait venir, en autres artistes, Yvonne Jean-Haffen (1895-1993). Chez HB, c’est René Quillivic (1879-1969) qui a amené dans son sillage une multitude de créateurs », relate Bernard Verlingue. Les pièces de l’artiste exposées pour « Les femmes et les enfants d’abord » appartiennent à un collectionneur privé, installé à Laval. « Ce qui est commode, c’est que l’association des Amis du musée regroupe des collectionneurs de faïence. Quand on cherche quelque chose, on questionne d’abord ces gens-là, ils forment un précieux vivier », sourit le conservateur. Que lui inspirent les faïences de Marie-Renée Chevalier-Kervern ? « J’y vois une certaine sérénité dans les visages, la sincérité du geste, un beau mouvement des corps. J’y vois des représentations réalistes, pas du tout posées. Elles datent des années fastes de création de modèles tant chez HB que chez Henriot, à la suite de l’exposition internationale des arts décoratifs de 1925, à Paris, qui a servi un peu de déclencheur ».

Expo visible du lundi au samedi, de 10 h à 18 h. Entrée : 4,50 €. Tél. 02.98.90.12.72.

Publié le 13 août 2016 – Bruno Salaün © Le Télégramme

« Vous allez être excommunié ! » (Le Télégramme)

Des expos, des regards (1).

exposition 2016

« I tron varia breiz izel » (« Notre-Dame de Bretagne ») de Robert Micheau-Vernez.

L’enfant Jésus jouant du biniou ! oeuvre insolite de l’artiste Robert Micheau-Vernez, dont l’évêché provoqua, dans les années 1950, l’interruption de la production. Elle est exposée au Musée de la faïence. C’est le premier volet d’une série consacrée aux expositions de l’été.

« Lorsque cette pièce en faïence a été éditée, l’évêché a contacté Jules Henriot, le patron de la faïencerie à l’époque, en lui disant : « Mais Monsieur Henriot, vous allez être excommunié ! ». Jules Henriot, qui était très croyant, a tout de suite arrêté la production », relate, l’oeil malicieux, Bernard Verlingue. Le conservateur du Musée de la faïence désigne là « I tron varia breiz izel », une vierge à l’enfant Jésus qui joue du biniou. Elle a été réalisée par Robert Micheau-Vernez (1907-1989) dans les années cinquante. La faïence est montrée dans le cadre de l’exposition temporaire du musée de Locmaria, « Les femmes et les enfants d’abord… ». « L’interruption de la production sur intervention de l’évêque en a fait une pièce extrêmement rare. À ma connaissance, elle existe à cinq ou six exemplaires difficiles à trouver chez les particuliers. Celle-ci appartient à la famille de Micheau-Vernez. Je tenais absolument à la présenter dans le cadre de cette exposition. Au-delà de ses qualités artistiques, symboliques, elle se révèle un joli clin d’oeil à la thématique de la femme et de l’enfant. Elle intrigue beaucoup les visiteurs », se réjouit le responsable du musée.

« Il en a été très déçu »


Mais, quelle fut donc la réaction de Robert Micheau-Vernez à l’époque ? « Il en a été très déçu, mais comme il était fidèle, il ne l’a pas fait fabriquer ailleurs.

Il l’a mise dans sa poche avec son mouchoir par-dessus ! C’était pourtant, pour lui, une pièce emblématique de la Bretagne. Souvenons-nous que l’artiste a appartenu au mouvement Seiz Breur. Pour lui, qui était également sonneur, l’enfant Jésus pouvait jouer du biniou. Pourquoi pas après tout ? Il avait conçu cette pièce en toute bonne foi, sans aucune provocation. Moi, je trouve cela fantastique ! », s’exclame Bernard Verlingue. Cette vierge à l’enfant, si singulière, arbore des couleurs vives et notamment un fabuleux bleu aluminate de cobalt. « Elle est tout à fait dans l’esprit de Micheau-Vernez, qui est l’artiste qui a introduit le mouvement dans la faïence de Quimper, avec ses robes, ses plis, ses décorations, la reprise de fresque de danseurs », éclaire le spécialiste. La faïencerie Henriot a-t-elle, malgré la menace d’excommunication de son ancien patron, conservé un modèle de l’oeuvre ? « Oui, nous l’avons retrouvé il n’y a pas si longtemps. Ce pourrait être amusant de relancer sa production », lance Bernard Verlingue. Il tempère aussitôt. « Enfin, en réalité, ce serait délicat, car il y a beaucoup de détails, de choses collées, les rubans de la coiffe qui rappelle d’ailleurs Sainte-Anne-d’Auray, tous les morceaux du biniou sont rajoutés après… C’est un boulot assez considérable », décrit le conservateur du musée. Il entrevoit une reprise de production coûteuse. « Au niveau du prix de la pièce en modèle ancien. La dernière qui s’est vendue l’a été à plus de 6.000 € », évalue-t-il.

Expo visible du lundi au samedi, de 10 h à 18 h. Entrée : 4,50 €. Tél. 02.98.90.12.72.

Publié le 08 août 2016 – Bruno Salaün © Le Télégramme

Femmes et enfants de faïence au musée (Ouest-France)

Robert Micheau-Vernez

Photo : Itron Varia Breiz Izel, Robert Micheau-Vernez, Henriot. | Archives Ouest-France

Pour ses 25 ans, le musée de la faïence, situé dans le quartier de Locmaria, présente une exposition temporaire pleine d’émotion : Les femmes et les enfants d’abord…

Une dizaine de pièces, de toutes tailles, ont été rassemblées par le conservateur du musée Bernard Verlingue. Ces faïences, parfois cocasses, évoquent les différentes étapes de la vie : les premiers pas des enfants, les jeux, le travail et les relations avec les aïeux.

Les représentations des mères et de leurs protégés existent depuis le début des manufactures. Alfred Beau se saisit de ce thème pour la manufacture Porquier au début du XXe siècle.

Jusqu’au 30 septembre, Musée de la faïence, 14, rue Jean-Baptiste Bousquet. Du lundi au samedi, de 10 h à 18 h, sans interruption. Tél. 02 98 90 12 72.

Publié le 25/07/2016 – © Ouest-France