Plouigneau, un costume sur faïence (Le Télégramme)

Des expos, des regards (6).

exposition 2016

Rare série de faïences mettant en scène le costume de Plouigneau. Elle est signée Marie-Renée Chevalier-Kervern.

Le sixième volet de notre série consacrée aux expositions de l’été nous conduit, de nouveau, dans une vitrine du Musée de la faïence. À la découverte d’une série insolite et incomplète qui met en valeur le costume de Plouigneau. Rareté !

« Dans cette série des années 1930 de Marie-Renée Chevalier-Kervern (1902-1987), ce qui est assez fantastique, c’est qu’elle est la seule artiste à avoir représenté sur faïence ce costume-là, celui de Plouigneau », décrit Bernard Verlingue, conservateur du musée. « Elle est originaire de ce coin-là. C’est un costume très riche, avec ce chapelet qui indique l’attachement à la religion. En réalité, il manque une pièce à cette série de cinq : elle représente des enfants, à la manière de petits poucets. Je ne l’ai pas retrouvée », indique le conservateur du musée. Cette série, sans titre, de statuettes en rond de bosse aux tons pastel, a été réalisée chez Henriot. Elle est singulière parmi les 200 modèles présentés dans l’exposition, même si elle s’inscrit dans la lignée des productions de son époque. « Le rond de bosse est apparu avec la technique du coulage, à Quimper, vers 1918. C’est mon grand-père qui l’a introduite ici. Elle s’est développée chez Henriot avec l’arrivée de Victor Lucas, un ingénieur céramiste. Cette technique consiste à mettre de l’argile liquide dans un moule en plâtre. Le plâtre pompe l’eau et raffermit la pâte, si bien que l’on va pouvoir faire une multitude de choses. On sort de la contrainte précédente, lorsque les pièces étaient faites par estampage, par moitié que l’on recollait », éclaire le conservateur.

« La sincérité du geste »

Marie-Renée Chevalier-Kervern avait suivi l’école des arts décoratifs. Et comme beaucoup d’artistes, à l’époque, elle avait repéré qu’Henriot proposait des choses nouvelles. « C’est elle qui est entrée en contact avec Henriot, comme la majorité des artistes qui ont collaboré avec la faïencerie. En l’occurrence, leur chef de fil était Mathurin Méheut (1882-1958). Il a fait venir, en autres artistes, Yvonne Jean-Haffen (1895-1993). Chez HB, c’est René Quillivic (1879-1969) qui a amené dans son sillage une multitude de créateurs », relate Bernard Verlingue. Les pièces de l’artiste exposées pour « Les femmes et les enfants d’abord » appartiennent à un collectionneur privé, installé à Laval. « Ce qui est commode, c’est que l’association des Amis du musée regroupe des collectionneurs de faïence. Quand on cherche quelque chose, on questionne d’abord ces gens-là, ils forment un précieux vivier », sourit le conservateur. Que lui inspirent les faïences de Marie-Renée Chevalier-Kervern ? « J’y vois une certaine sérénité dans les visages, la sincérité du geste, un beau mouvement des corps. J’y vois des représentations réalistes, pas du tout posées. Elles datent des années fastes de création de modèles tant chez HB que chez Henriot, à la suite de l’exposition internationale des arts décoratifs de 1925, à Paris, qui a servi un peu de déclencheur ».

Expo visible du lundi au samedi, de 10 h à 18 h. Entrée : 4,50 €. Tél. 02.98.90.12.72.

Publié le 13 août 2016 – Bruno Salaün © Le Télégramme

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